16/07/2014

Klaxons - Love Frequency

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Qu’est-il arrivé aux Klaxons ? Eux dont chaque single faisait l’effet d’un souffle en pleine face d’un ventilateur sous ecstasy ? Eux dont les deux premiers albums, les excellents « Myth of the Near Future» et « Surfing The Void » débordaient de saine adrénaline ? Eux pour qui la presse musicale, incapable de catégoriser leur son hybride et explosif, avait expressément créé le terme de New Rave ? Eux dont l’écoute de ce troisième et nouvel opus soulève une question existentielle : souffriraient-ils de daft-punkite aigüe ?

 

 

A l’écoute de Love Frequency, on soupçonnerait presque qu’il s’agisse d’un groupe homonyme, tant on ne retrouve que trop peu leur griffe si particulière, cette fougue délurée, insouciante, et parfaitement maîtrisée. Ici, on vogue gentiment entre dance, pop, funk et pseudo-psyché, sur des eaux électroniques qui dans l’âme comme dans l’allure, n’ont plus rien de rock n’roll. Les jadis fringants Londoniens jonglent entre des ersatz de MGMTFoster The PeopleImagine Dragons, voire même... One Republic, ou carrément Jean-Michel Jarre lors d’une plage exclusivement instrumentale, et ennuyante à souhait. Ajoutez-y des intonations vocales calquées (volontairement ou non) sur Justin Timberlake, et vous obtenez un disque aussi dissipé que gominé, forniquant sans honte ni orgueil avec le son étiqueté « indé » que tout le monde se tape depuis des mois. Bref, une belle déception.

 

Klaxons

Love Frequency

Note : 

 

 

Ecoutez:

There Is No Other Time

05/06/2014

LIARS - Mess

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Les trois New-Yorkais de LIARS ont cette coutume particulière de changer d’inspiration à chaque nouvel album. Une sorte de protocole artistique qu’ils s’imposent à eux-mêmes, et remarquablement mis en oeuvre même si les variations d’un opus à l’autre ne sont pas forcément radicales. Mais bien qu’ils n’enchainent pas encore musette et hardcore, un certain nombre d’artistes que je ne nommerai pas, parmi lesquels Christophe Maé, feraient bien d’en prendre de la graine (quitte à tirer sur l’ambulance, autant aussi shooter dans le cercueil).

 

Le titre du petit nouveau, qui signifie « désordre » pour les non-bilingues d’entre vous, insuffle l’idée d’une purge où se libèrent des litanies fracassantes et déstructurées, qui vacillent sur la frontière du bruit. En vérité, il n’en est rien, puisque ce disque surfe sur l’électro-rock gothico-industriel. Mess est conçu sur des rythmes tribaux, et un son qui mêle mélodies perlées et beats cadencés. Rapidement, il créé une atmosphère chargée d’envie et d’anxiété, sentiment renforcé par un chant nonchalant et caverneux. Ce disque n’est pas le bordel annoncé, néanmoins il surprend, car aussi intemporel que percutant. Tel un bootleg naturel entre Bloody Beetroots et les Sisters of Mercy, qui libère une angoisse à la fois subtile et purgative, sorte de gigue kaléidoscopique dont ses auteurs ont le secret. Original, succulent, et pas forcément hors de portée.

 

LIARS

Mess

Note :  ♪  

 

Ecoutez:

Mess on a Mission

 

07/12/2013

The Naked and Famous - In Rolling Waves

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Contrairement à ce qu’inspire ce nom, The Naked and Famous n’est pas un nouveau groupe de Miley Cyrus. Il s’agit d’un quintet néo-zélandais, ayant fait grand bruit sur les ondes il y a deux ans avec Young Blood, un single smashy dont le gimmick vous perfore la boîte crânienne et vous ricoche en mémoire pendant des heures. Par rapports à d’autres groupes d’electro-rock, comme MGMT ou M83, le son « N&F » se caractérise par un chant féminin maniant le doux, la grâce et la puissance. Musicalement, on reste dans l’electro-rock émotionnellement haut-perché.


Sans surprise, In Rolling Waves déroule le même son haut et incisif. Nappé d’une larme d’écho, il mêle le rock à l’électro, le long de mélodies et  refrains construits pour s’incruster en tête. Certains titres sont des « follow-up », au format calqué sur les hymnes du premier album. Une stratégie de composition peu originale… mais tant que le succès est au rendez-vous,  il arrive que des  groupes durent 30 ans de cette façon (et on en connait !). Par ailleurs, c’est en grande partie grâce à ces chansons-là que cet album prend du relief. Autre part, les tentatives mélancoliques, certes honorables mais un peu plates, se solderont par des trous de mémoire. Au final, ce second album de The Naked and Famous s’apparente à une exploitation riche et profonde d’une griffe maison, percutante et alternative, qui taille sa route en profitant du chemin débroussaillé par le répertoire existant. Plaisant donc, mais guère surprenant.



The Naked and Famous

In Rolling Waves

Note : 


 

Ecoutez :

Hearts Like Ours

I Kill Giants

 

05/04/2013

Depeche Mode - Delta Machine

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Que faire, lorsque votre groupe va jouer son premier concert, que l’organisateur pressé vous en demande le nom, mais que vous n’avez jamais songé à lui en donner un ? Dans cette situation, la méthode Depeche Mode consiste à saisir le premier magazine qui se présente sous votre main, et à nommer votre « band » selon son titre. Cette histoire, aussi cocasse que véridique, raconte que ce nom, aujourd’hui ancré dans la mémoire collective, fut au départ totalement improvisé. Elle amène aussi à penser qu’ils auraient pu s’appeler « Marie-Claire », « Pif Gadget » ou « Test Achat », ce qui fait assez froid dans le dos.

 


Depeche Mode fait partie de cette poignée de groupes ayant réussi à traverser les époques, à force de travail et de renouvellement. Cette longévité est d’autant plus notable qu’au fil des années, ils ont évolué sans trahir leur image de départ. Le poids du temps ne détériore ni leur créativité, ni leur motivation. Entre ceux qui cèdent aux sirènes de la facilité « tout public », et les autres, pour qui la ligne du temps s’est arrêtée en 1989, Depeche Mode ne cesse d’aller de l’avant, et crée une musique qui sait rester fraîche. Sachez aussi, si vous l’ignorez, que Dave Gahan et Martin Gore, les deux leaders spirituels, poursuivent une carrière solo à intervalles réguliers, tels des chemins plus personnels qui valent eux aussi la peine de s’y intéresser.

 


Une autre de leurs caractéristiques est qu’ils sont mieux réglés qu’une pendule olympique. Depuis la fin des années 80, ils sortent un album original exactement tous les quatre ans. Leur petit 13e, confirme la tendance déjà observée en 2009 sur « Sounds of the Universe », à savoir un retour vers des bases électroniques. La sauce Delta Machine se présente ainsi comme épurée, et parfumée au blues par la guitare de Gore et la voix suâve de Gahan, véritable flambeau de la griffe DM et reconnaissable entre mille. Ce disque peut d’abord paraître terne. Mais plus que ses récents prédécesseurs, il dévoile au fil des écoutes une œuvre très fine, noire et aguicheuse, et remarquablement posée dans un présent où le minimalisme prend le pas sur les orchestrations chargées de basses et de bruits. Quant à leurs bases de travail, elles restent la souffrance et la mélancolie, comme toujours à dose supportable.

 

 

 

L’absence d’un hit à gros potentiel confirme aussi ce qu’on observait depuis quelques albums déjà, à savoir que DM n’est plus un groupe à tubes. Aucune de ces nouvelles chansons ne mettra Personal Jesus et Enjoy the Silence au placard. Il est même fort probable que jamais aucune création future ne viendra supplanter ces deux hymnes intemporels. Moins « pop » et plus personnel, Delta Machine n’en est pas moins, à mon avis, le meilleur album de Depeche Mode depuis Ultra, sorti il y a 16 ans déjà.

 



Depeche Mode

 

Delta Machine

 

Note : 

 

02/02/2012

Lamb @ Atelier, lundi 30 Janvier 2012

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A l'heure où l'electro rock remplit les play lists d'I-pod et les line-up de festivals, alors que les représentants de ce style se multiplient, et titillent les critiques avisés, ou les autres, qui veulent simplement paraître dans le vent ... il n'est pas trop tard pour se tourner vers les artistes qui furent la source d'inspiration de ce mouvement. Lamb fut un des premiers bands à adoucir la drum n'base industrielle, et à gommer le rap du trip hop, pour lui greffer une voix féminine, douce et sensuelle. A leur sauce, les mancuniens faisaient déjà du dub step, quinze ans avant la généralisation de ce terme.

 

En ce lundi glacial, l'Atelier n'affiche pas complet. Mais la foule présente ne masque pas son enthousiasme. A se demander si la présence de deux groupes en première partie esst vraiment nécessaire pour chauffer le public. Peu avant 22 heures, les lumières s'éteignent. Andy Barlow débarque le premier sur scène, excité comme un puceron. Une certaine adrénaline émane de son regard, son poing serré, et sa gueule revancharde. Son attitude emprunte celle d'un joueur de foot fêtant le but de la victoire. Arrive alors la pâle et chaleureuse Lou Rhodes, dos nu, vêtue d'une longue robe éclatante, à la manière de la "dame blanche" décrite dans les légendes urbaines. Ce qui sur papier, reste un simple duo, devient trio une fois sur scène, avec la présence d'un troisième larron entre deux âges, qui ne fait qu'effleurer les cordes de sa contrebasse électrique en se dandinant discrètement.

 

Avec Barlow aux machines, le concert prend une dimension peu commune. L'orchestration s'en trouve minimisée, mais le résultat en vaut la peine. Les premiers titres suffisent à nous faire quitter l'Atelier, happés par un vortex de basses et d'électronique, à la poursuite de la voix sulfureuse de l'ange Rhodes. Les basses soulèvent, les beats percutent, et la voix envoûte. En quinze années de carrière, la griffe Lamb n'a rien perdu de son tranchant. Les titres d'hier restent frais, sonnent terriblement actuels. Alternant les anciens et les nouveaux (le groupe a sorti son 5e album l'an dernier, dans une certaine indifférence), le set file à une vitesse folle, et déjà, ils quittent la scène après un somptueux "Gorecki". Pas le temps de laisser la clameur se tasser que les revoilà, armés d'une guitare acoustique pour un détonnant "What sound". Le rappel se poursuite dans la même ferveur, le public ne tempérant son ardeur qu'en début de chaque morceau, comme pour mieux s'en imprégner.

 

Lamb fait partie de ces groupes qui traversent les années sans faire de bruit, mais sans s'amenuiser, et toujours avec autant de classe.

 

 

Lamb, Atelier - Luxembourg,

Lundi 30 janvier 2012

26/01/2012

The Big Pink - Future This

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Duo électro rock londonien, The Big Pink avait fait sensation en 2009, avec "A Brief History of Love", un Debut Album démonstratif et rempli de caractère. Le petit deuxième que voilà risque fort de leur ouvrir les portes d'un public plus large.



Tout d'abord, Future This transpire l'ambition de déposer une marque de fabrique. On y retrouve bien l'atmosphère du premier opus, ces sons amplifiés, par distorsion, balancés entre psyché et industriel, et cette voix ornée d'un soupçon d'écho, juste pour peaufiner l'effet planant des compositions. On reconnait aussi ce rythme dense et lancinant, aussi régulier qu'une trotteuse et jamais réellement pressé, qui greffe à l'album un poil trop de constance. Idem pour le dosage d'intensité, équitablement répartie entre chaque titre. Et pas besoin d'avoir fait six ans de solfège pour s'apercevoir que chaque mélodie baigne dans des accords similaires.

 

"Future This" évolue cependant vers une contenance plus "pop" que réellement indé, proposant notamment une balade par ici, et une pointe de groove par là. Globalement, on remarque une certaine tendance à privilégier la puissance, souvent au détriment de la profondeur. On sent également que le duo s'accroche à l'un ou l'autre refrain entrainant. Un doute reste permis, mais The Big Pink semble bien engagé dans une dynamique de recherche du tube. Les titres "Stay Gold" et "Hit The Ground (Superman)", qui ouvrent l'album, sont taillés dans la même pierre que "Dominos", un extrait du précédent album, aux épaules de Hit Single. D'un point de vue purement subjectif, leur accroche est efficace mais manque de sincérité. Sur ce nouvel opus, seul le titre "Rubberneckin" a le potentiel de vous cramponner à vos écouteurs. Le reste est loin d'être désagréable, mais après écoute subsiste une carence, comme une faim de surprise et de spontanéité.



The Big Pink

Future This

Tarif : 6.5/10



Ecoutez:

Stay Gold

Rubberneckin


<<Rewind<<

Dominos