13/01/2015

Blaudzun – Promises of No Man’s Land

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Emprunté à un cycliste inconnu, qui répondait au doux prénom de Verner, Blaudzun est le nom de scène de Johannes Sigmond, un Hollandais au look intriguant, à mi-chemin entre un bee gee et un hipster. Et contrairement à certaines grandes stars, le bougre se distingue autrement que par l’originalité de son apparence.

 

Jusqu’ici auteur d’une carrière relativement discrète, il arrive avec un album intéressant, de teinte organique et mélancolique. L’aspect pincé de ses mélodies folk, avides de vous mordre la gorge, mesure à lui seul l’influence majeure d’Arcade Fire sur sa carrière. Sans torture ni abondance, les compositions de Blaudzun trouvent écho aux envies et regrets d’un public qui ne cherche pas à paraître. Le bémol réside dans la disparition progressive de la surprise, au fur et à mesure que les plages défilent en reproduisant des émotions similaires. Ainsi, certaines chansons se confondent facilement avec les précédentes. Cela n’enlève en rien la saveur de cette galette de maïs.

 

 

Blaudzun

Promises of No Man's Land

Note♪  

 

 

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Euphoria

Promises of No Man's Land

 

19/10/2014

Fink - Hard Believer

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Si vous ne connaissez pas Fink, il y a pourtant fort à parier que sans le savoir, vous l’ayez déjà entendu. Très prisé des producteurs de séries, son répertoire parfume déjà les BO de shows tels que Dr House, NCIS, The Walking Dead, ou The Black List, pour ne citer que ceux-là. Mais il ne travaille pas que pour la TV, bien heureusement.

 

Fin Greenall, c’est son vrai nom, possède une palette de dons musicaux. Sa voix suave, tout d’abord, capable à elle seule de rendre la vie à un couple d’ovaires décédés. Son aptitude, ensuite, à créer une intimité à la fois confortable et ensorcelante, partant d’une musique acoustique au creux de laquelle on entend parfois respirer le silence. Enfin, la façon dont il évite la lassitude, piège inhérent à tel minimaliste, en ondulant d’un style à l’autre (Blues, Folk, et parfois même Trip Hop), flirte avec l’inconvenance.

 

Trois ans après le splendide « Perfect Darkness », c’est son sixième album studio, « Hard Believer », qui témoigne de cette sobre et imperturbable assurance, véritablement inscrite dans ses gênes. Il y dispose ses nouvelles chansons, comme des picots de laine dont il se sert pour nous mettre à nu. L’appréciation que vous en aurez n’en sera que meilleure dans un contexte où l’humeur est conciliante et la quiétude est optimale. Alors, vous pourrez constater à quel point il est rare que la musique soit aussi belle et simple à la fois.

 

 

Fink

Hard Believer

Note :  ♪ ♪  

 

 

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Shakespear

15/09/2014

John Grant - Pale Green Ghosts

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S’il existait un front des prodiges inconnus, John Grant en tiendrait la bannière. Irrévélé au grand public, que sa dégaine, entre hipster négligé et bûcheron psychopathe, effrayerait certainement, il pourrait néanmoins proposer sa vie comme scénario de best seller. Ce sont en fait des années de pauvreté et de dépression qu’il a traversées, avant que son labeur ne connaisse un immense succès d’estime.  En 2010, alors que son premier album solo fait le plein d’éloges, il est frappé par le destin, lorsqu’il apprend sa séropositivité. Une épreuve de plus pour cet artiste décidément torturé, pour qui la musique reste un formidable exutoire.

Second album solo, Pale Green Ghosts tire son titre des oliviers qui bordent une autoroute menant à sa ville natale de Parker, Colorado. Décors de prime jeunesse ou récits de ses flirts avec pairs ou addictions, les textes de Grant s’inspirent généralement de ses expériences passées. L’orchestration évolue quant à elle, puisqu’aux bases blues et country vient s’ajouter une sauce électronique minimaliste, comme pour saupoudrer le disque d’une pincée d’anachronisme. Bien que l’opposition de styles durcisse les transitions entre les différents titres, elle se savoure dès la plage d’ouverture, intime et hypnotique balade, aussi addictive que les anciens démons de son auteur. Mais le principal atout de Grant reste sa voix suave, apaisante et incandescente.

Parfois inégal, dans l’ensemble très posé, cet album possède la rareté d’allier à la fois simplicité et intensité. Avec comme trait, une délicatesse musicale qui tranche avec des textes parfois franchement crus.

 

John Grant

Pale Green Ghosts

Note : ♪ ♪ 

 

Ecoutez : 

Pale Green Ghosts

01/09/2014

Dan Croll - Sweet Disarray

 

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En voilà un qu’on imagine plus volontiers parmi la foule d'une Comicon que sur la scène d’un grand festival. Mais ne vous fiez pas aux apparences : derrière ces grosses lunettes de hipster, se cache un troubadour des temps post-modernes, auteur d’une des plus agréables surprises de cette année 2014. Dan Croll n’a que 18 ans lorsqu’il quitte sa province pour faire ses crocs au LIPA (Liverpool Institute of Performing Art), un institut fondé par Sir Paul Mc Cartney himself. Il s’y fait déjà remarquer, fin 2011, lorsqu’il se voit décerner le prix de l’auteur-compositeur de l’année par le Musician Benevolent Fund (organisme destiné à promouvoir les artistes amateurs – il n’y a aucune honte à l’ignorer, j’ai moi-même appris son existence en préparant cette chronique). Dès cet instant, les radios du royaume confirment ce début d’engouement en diffusant quelques-uns de ses titres. Des chansons, et d’autres, qu’il compile aujourd’hui au sein de son premier album.

 

Sweet Disarray est avant tout la démonstration que rien ne sert d’en faire des tonnes, quand on a pour soi talent, créativité et imagination. Il s’agit, ensuite, d’un recueil personnel, aux racines bien british, mais également influencé par l’œuvre d’une poignée d’artistes d’outre-Atlantique sélectionnés sur le volet, allant des Beach Boys à Grizzly Bear. Ce mix détonnant se moule dans un style pop / folk frais et fougueux, enjoué et ensoleillé, dont il est très difficile de se lasser. Des mélodies organiques, au chant doux et laineux, en passant par un rythme taquin et des textes remplis d’humilité (qui se rapportent surtout « aux filles », dixit leur auteur), cet album est éminemment addictif, à l’image des titres From Nowhere et In / Out, pour n’en citer que deux.

 

Si son look passe-partout peut faire illusion, Dan Croll est vraiment loin d’être un monsieur tout-le-monde. Son inspiration et sa maturité, remarquables pour un rookie, peuvent faire de lui un must de la décennie. Et si au pire il s’essouffle, il restera toujours ce succulent premier album.

 

Dan Croll

Sweet Disarray

Note : ♪ ♪ ♪ 

 

Ecoutez:

From Nowhere

In / Out

12/03/2014

Bruce Springsteen - Nebraska (1982)

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Sixième album du boss, Nebraska sort le 30 septembre 1982.  Il ne connait pas le succès populaire de « The River » ou « Born in the USA », mais reste à ce jour l’un des plus influents et plus encensés par la critique.

 

Ce que cet album a de remarquable tient dans sa conception. Au départ, Springsteen réalise des démos sur un enregistreur à quatre pistes, seul chez lui avec ses guitares, tambourin et harmonica. Par la suite, il enregistre bien ces chansons en studio avec son E Street Band, mais en accord avec ses producteurs, ce sont les démos qu’il décide de publier, car imprégnées d’une fascinante empreinte folk, mélo et personnelle. Cette décision entraine des difficultés techniques, car il faut réduire le bruit des bandes originales. Les techniciens de Columbia Records parviennent à améliorer suffisamment la pureté du son, maximisant le confort d’écoute tout en conservant son esprit « fait maison ». C’est ce qu’on appelle communément du « low fi ».

 

L’aura brut de ce disque se complète par ses textes. Des histoires d’hommes ordinaires confrontés au crime, ou sans  trop d’espoir en leur avenir. Des écrits sombres qui trahissent le mal-être duboss à cette période. Sur la plage titulaire qui ouvre le disque, il raconte à la première personne l’histoire cruellement vraie de Charles Starkweather. Un adolescent banal et fan de James Dean, qui en janvier 1958, à l’aube de sa vie d’adulte, se transforme en tueur de masse. Lors d’une virée de plusieurs jours entre le Nebraska et le Wyoming, il laisse dix victimes sur ses traces. Condamné à la chaise électrique, il est exécuté un an plus tard. Sa petite amie de 14 ans, qui l’accompagnait, écope quant à elle d’une longue peine de prison. Un doute plane d’ailleurs toujours sur son implication, de simple otage à participante active, doute tranché par Springsteen parlant pour « Charlie » dans sa chanson, lorsqu’il prononce « Sheriff when the man pulls that switch sir and snaps my poor head back, You make sure my pretty baby is sittin' right there on my lap ». On peut penser qu’à l’instar de toute l’Amérique de cette époque, cette histoire l’avait très affecté.

Ce sentiment d’impuissance se retrouve sur « Atlantic City », une chanson à la mélodie triste et captivante, qui raconte l’histoire d’un couple partant s’installer dans cette ville du New Jersey. Leurs espoirs s’effondrent rapidement, quand le narrateur se voit confronté à la mafia. Titre le moins minimaliste de l’album, on peut le retrouver sur la plupart des compilations « Best of » de Springsteen. Un clip vidéo fut produit à l’époque de sa sortie, montrant des images en noir et blanc de la ville avant son évolution économique. Quelques plages plus loin, le narrateur de « Highway Patrolman » est un représentant de la loi qui laisse son frère s’enfuir après avoir abattu quelqu’un. Sean Penn s’en inspirera pour son film de 1991 « The Indian Runner ». L’espoir, le positivisme, sont globalement absents du disque, si ce n’est sur « Reason to Believe », plage de clôture très imagée.

Contextuellement, Springsteen prenait un risque en proposant un album aussi écru au sommet de sa gloire. Au final, Nebraska permit au boss de franchir un palier supplémentaire, celui menant de la notoriété à la reconnaissance. De nombreux critiques affutés, de Picthfork à Rolling Stone magazine, le placent parmi les cent meilleurs albums de tous les temps. Souvent discutée et longtemps attendue par les fans, une version « électrique »  n’a pas encore vu le jour. Le large succès d’estime de l’originale, enregistrée chez lui en moins d’un mois, en est sans doute la raison.

 

Bruce Springsteen

Nebraska

1982

 

 

Ecoutez:

Nebraska 

Atlantic City

26/06/2013

Junip (éponyme)

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Dans les années 2000, José Gonzalez s’est fait un nom grâce à ses reprises acoustiques personnelles de titres références. Son plus grand succès reste sa plus qu’étonnante version de Heartbeats. De ce tube électro de ses compatriotes de The Knife, Gonzalez a fait une balade désenchantée à vous paralyser les membres et vous exploser les glandes lacrymales. Quelques années plus tard, soit aujourd’hui, cet artiste à la sensibilité peu commune sort le second volet de ses aventures en bande, un album qui porte le nom de son trio : Junip.

 

Ce disque ne fait que confirmer que José a trouvé sa voie dans la musique acoustique. Difficile cependant de greffer sa griffe d’une étiquette bien précise. Il emprunte un peu du folk, un peu du psyché, relève la sauce de sa voix très particulière, levée et placide, pour concocter une musique un peu nomade et apatride. Ni Elias Araya, ni Tobias Winterkorn, ses deux partenaires dans l’aventure Junip, n’ont tenté de lui coudre une autre veste, si bien que ce nouvel opus ne fait que prolonger une ligne déjà bien tracée. Peut-être trop bien tracée ; si le son, simple et naturel, est plaisant, il est également un peu passe-partout, légèrement tendu mais pas réellement scotchant. On pourrait leur reprocher de ne pas avoir osé se lâcher davantage. Mais après tout, si c'est ça qui leur plait …



Junip (éponyme)

Note :



Ecoutez :

Line of Fire


18/06/2013

Passenger @ Pinkpop 2013

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Habituellement, les concerts folk acoustiques nécessitent un contexte très intimiste. Scène étroite, petite audience, de préférence après le coucher de soleil. On imagine mal un soliste captiver une foule de plusieurs milliers de personnes avec ses seules voix et guitare, qui plus est sur la scène principale d’un grand festival. D’autant qu’il paraît, l’avez-vous lu aussi, que les festivaliers attachent moins d’intérêt aux concerts qu’au sexe et à l’alcool. Ce qui est totalement faux, ou alors expliquez-moi si tous les mordus qui plantent au devant de la scène dès l’ouverture du site pensent réellement que pour leur peine, on va leur fournir bières et turluttes à volonté. Refermons cette courte parenthèse, pour constater qu’en ce samedi après-midi, alors qu’un concert est sur le point de débuter, la main stage du Pinkpop est totalement vide. En ces lieux surélevés, pas d’instruments, de décors, ou de canons prêts à cracher flammes, fumée ou confettis. Rien, si ce n’est un micro et son pied. Cela augure un défi particulièrement relevé pour l’artiste qui va s’y produire d’un instant à l’autre.

 

Si les rues de la terre comptent autant de musiciens que de pavés et excréments canins réunis, peu de ces ménestrels urbains ont le potentiel pour se hisser au-dessus du lot. Ce talent, Mike Rosenberg le possède indéniablement. Durant près de dix ans, il fut cantonné à ce rôle d’artiste méconnu et incompris, s’agrippant à sa passion malgré des coups de blues à répétition et une cruelle absence d’intérêt. Il y a quelques mois, un diffuseur prit le risque de passer en radio l’un de ses titres, intituléLet her go.Cette chanson devint un tube international, et enfin, la consécration récompensa la patience.

 

A l’heure pile, celui qui à l’affiche porte le nom de Passenger grimpe sur cette immense et désertique estrade, sa guitare à la main. Dans ses premiers mots, il avoue être « fucking scared » par ce qui s’annonce comme le plus grand concert de sa carrière.« Les groupes qui se produisent en festival jouent de la musique entraînante, et moi j’arrive avec mes chansons dépressives. Je tenais à vous avertir que la prochaine heure va vous paraître terriblement misérable, veuillez par avance m’en excuser ». Par cette touche d’humour, légère, il se met déjà le public en poche, avant même de commencer à gratter ses cordes.

 

Quelques couplets lui suffisent à démontrer qu’il ne vole pas sa place sur cette scène. Maniant sa guitare comme si elle était venue au monde avec lui, il alterne accords et arpèges pour produire de mélodieuses envolées, qui nous embarquent dans son univers folk. Sa voix particulière, ornée d’un grain très léger, accompagne les ritournelles à merveille. Alors certes, la recette est simple, mais les ingrédients sont de choix, et l’ensemble se révèle être terriblement accrocheur. En plus, le garçon a de la présence, et n’a nul besoin de fioritures pour remplir la scène. Il s’adresse beaucoup à son public, son humour ne laisse pas indifférent, et il n’hésite pas à improviser quelque boutade durant ses chansons, en réaction à ce qu’il entend ou observe en provenance du public. Cette attitude, simple et spontanée, donne vie à l’instant et gonfle son capital sympathie. On finit par croire que son stress, tout comme son inexpérience des grandes scènes, sont eux aussi de vastes blagues.

 

La set list regroupe diverses créations personnelles ; certaines joyeuses, sur lesquelles  public est invité à participer, et d’autres plus mélancoliques. Il ose aussi s’adonner au jeu des reprises, dont une version personnelle du « Sound of Silence » deSimon & Garfunkel, qui scotche l’audience à un point tel qu’on entend plus une mouche voler. Ou, peu après, un surprenant « Eye of the tiger » dont il se sert pour introduire son désormais succès « Let her go ». Et plus tard encore, avant de conclure, il se fend d’une mystifiante cover de « Dancing in the dark » deBruce Springsteen.


Difficile de trouver un défaut à ce concert. Avec sa joie, son talent et sa motivation, Passenger nous aura emmenés là où, une heure auparavant, on espérait à peine se rendre. C’est pour ces moments uniques, au nombre d’une poignée sur l’été, que je me rendrai en festivals aussi longtemps que mes jambes me porteront.



Passenger, Pinkpop Festival (Main Stage)

Samedi 15 Juin 2013

Note : 

Regardez


 

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