15/01/2015

FKA Twigs - LP1

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FKA Twigs, un nom qui le mois dernier, trustait le sommet de la plupart des tops albums 2014. Derrière ce sobriquet digne d’un plat libanais, on trouve la jeune Anglaise Tahliah Barnett. Née d’un père jamaïcain et d’une mère d’origine espagnole, cette artiste polyvalente s’ouvre les portes du monde de la musique en dansant dans des vidéos d’Ed Sheeran, Jessie J ou Kylie Minogue. Au vu de ces références, on pouvait difficilement s’attendre à ce que son premier album solo atteigne une telle profondeur musicale.

 

 

Et pourtant. LP1 affiche d’étonnants contours. Nanti d’une sonorité à la fois vivante et synthétique, qui évolue au fil de l’écoute, ce disque propose un déroulement toute en finesse, précision et émotion. Tantôt, il nous berce au creux d’une bise minimaliste, tantôt il distribue de lancinants coups de griffe, qui font l’effet d’étreintes avec une créature futuriste. Soul, dub, trip hop, les embruns qu’il diffuse sont multiples et inattendus. Sans parler de cette omniprésente tension, par moments aphrodisiaque, dont on ne sait réellement si elle nous enveloppe ou nous enjôle. Un album saisissant, qui mélange les saveurs et creuse là où peu s’aventurent.

 

 

FKA Twigs

LP1

Note : ♪  

 

Ecoutez:

Two Weeks

Pendulum

13/01/2015

Blaudzun – Promises of No Man’s Land

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Emprunté à un cycliste inconnu, qui répondait au doux prénom de Verner, Blaudzun est le nom de scène de Johannes Sigmond, un Hollandais au look intriguant, à mi-chemin entre un bee gee et un hipster. Et contrairement à certaines grandes stars, le bougre se distingue autrement que par l’originalité de son apparence.

 

Jusqu’ici auteur d’une carrière relativement discrète, il arrive avec un album intéressant, de teinte organique et mélancolique. L’aspect pincé de ses mélodies folk, avides de vous mordre la gorge, mesure à lui seul l’influence majeure d’Arcade Fire sur sa carrière. Sans torture ni abondance, les compositions de Blaudzun trouvent écho aux envies et regrets d’un public qui ne cherche pas à paraître. Le bémol réside dans la disparition progressive de la surprise, au fur et à mesure que les plages défilent en reproduisant des émotions similaires. Ainsi, certaines chansons se confondent facilement avec les précédentes. Cela n’enlève en rien la saveur de cette galette de maïs.

 

 

Blaudzun

Promises of No Man's Land

Note♪  

 

 

Ecoutez:

Euphoria

Promises of No Man's Land

 

22/12/2014

Suivez le fil 2014 (3)

Oscar And The Wolf - Entity

 

oscarwolf.jpg2014 restera comme l’année où toute la bourgeoisie musicale s’est paluchée sur Christine and the Queens. Pourtant, en France, l’indé reste à l’image du vin : on peut toujours trouver mieux pour moins cher.  Oscar and The Wolf, par exemple, un groupe au nom digne d’un conte des frères Grimm, qui nous fait l’honneur de représenter notre plat pays au plus haut niveau. Un sextet néerlandophone, dont la musique possède une qualité rare et recherchée de tous : la séduction, aussi ardente qu’instantanée. Entity offre une longue séance d’électronique lancinante, paisible comme du XX et intense comme du Massive Attack période « 10000th window ». Il ne suffit que de quelques secondes pour s’engouffrer dans ce monde scotchant, qui caresse nos tympans à la limite de l’interdit. Sons et effets sont mesurés à point, si bien que cette captivante atmosphère demeure active de la première à la dernière seconde. Tout simplement un must de 2014.

Note : ♪ ♪ ♪ 

Ecoutez : Strange Entity

 

 

The War On Drugs – Lost in the dream

 

the-war-on-drugs-lost-in-the-dream.jpgComme Bruce Springsteen, The War On Drugs viennent de l’est des Etats-Unis. Comme Bruce Springsteen, leur musique se distingue par sa profondeur, et son mélange mélo-énergique. Ils n’ont ni l’aura ni la carrière du boss, mais leur dernier album ne manque pas d’intérêt. Lost In The Dream nous offre une heure de rock étiqueté « indé », diffus entre différents sous-genres tel pop, country et psyché. Une bien agréable balade vers des lieux qu’on ne se lasse pas de redécouvrir.

 

 

Note : ♪ ♪ 

Ecoutez: Red Eyes

 

 

 

Morrissey – World Peace Is None Of Your Business

 

morrissey.jpgMorrissey est l’homme qui a fondé les Smiths, un groupe à jamais influent et regretté, auquel il n’aura manqué qu’un tube d’envergure internationale pour remplir des stades dans toute l’Europe - demandez donc à Noel Gallagher ce qu’Oasis serait devenu sans Wonderwall. C’est également un artiste engagé, et un homme de principe, qui déteste porter des gants. Outre ses multiples coups de gueule politiques, il est aussi le végétarien convaincu qui parvient à faire interdire la vente de hamburgers sur le site de festivals où il se produit. Cette énergie revendicatrice, Morrissey lui doit une grande partie de son inspiration. Et qu’on partage ou non ses idées, on ne peut que constater que le résultat musical est toujours de qualité. Garnie d’un pop rock varié, théâtral et flegmatique, dont son auteur a le secret, « World Peace …», en est la plus récente représentation. Un dixième album solo qui ne permet toujours pas de se lasser du personnage, et de sa voix unique, sur laquelle le poids des années n’a véritablement aucun effet.

 

Note : ♪ ♪ 

Ecoutez : Istanbul

 

 

Weezer - Everything Will Be Alright In The End

 

weezer.jpgWeezer est davantage connu pour une poignée de titres (Undone, Buddy Holly, Island In The Sun, Pork And Beans), que pour un chapitre bien précis de sa discographie (du bleu au rouge, en passant par le vert, et tous ceux qui portaient des titres). Après avoir trempé les doigts dans quelque tourment électronique, ce neuvième album studio marque un retour vers le rock désinvolte des débuts. Le long de dix titres finement composés, les guitares sautillent sur des airs catchy et un rythme emballé, à la manière d’une jeune fille en fleur qui participe à sa première boum. Survient ensuite, pour clôturer le disque, une inattendue trilogie de chansons, que l’on peut qualifier de « psychédélique, mais pas trop. ». Sur Everything Will Be Alright In The End, Weezer produit ce qu’il fait de mieux : une musique qui symbolise le mythe de l’insouciance éternelle. On peine à le croire, mais cela fera bientôt 20 ans que ce quatuor californien roule sa bosse sur la scène alternative. On leur souhaite encore, ainsi qu’à nous, bien du plaisir.

 

Note : ♪ ♪ 

Ecoutez : Back to the Shack

 

 

 

27/05/2014

Suivez le fil 2014 (2)

Mogwai – Rave Tapes

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockTrois ans après l’orageux « Hardcore will never die… but you will », et un an après leur couverture sonore de la série « Les Revenants», les post-rockeurs de Mogwai reviennent déjà avec un huitième album studio. Son titre, Rave Tapes, pourrait suggérer une introduction de rythmes matraqués, mais il n’en est strictement rien. Une fois encore bien présente, la griffe des Ecossais y déploie une atmosphère intense et marquée, ainsi qu’une couleur à dominante mélancolique. Fait inhabituel, on retrouve des voix, parsemées avec précaution. Les mélodies sont aussi pesées que pensantes, et agrémentées d’un soupçon d’électronique parfaitement fondu dans l’ensemble. Au final, rien d’étonnant, ni de lassant.

Note :  

 

Drenge (éponyme)

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockSur leur premier album, les frères Eoin (guitare, chant) et Rory Loveless (batterie) proposent un rock low fi appétissant comme un cornet de frites à peine sorties du panier, de celles qui reluisent encore la graisse de cuisson. Goutant plus le blues que le punk, la sauce monte dès le départ, avec une guitare qui vrombit, des caisses et cymbales maîtres de leur cadence, et une voix qui en impose sans jamais partir en vrille. Avec ses rythmes variés et ses riffs efficaces, Drenge nous offre une purge franche et directe. Plus qu’une version anglaise de Black Box Revelation, on peut y voir une mouture épurée de Queens of the Stone Age, beaucoup moins minimaliste qu’il n’y paraît.

Note :  

 

The Horrors – Luminous

 

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockTels des nourrissons posés sur une montagne de babioles, le quintet de Southend aime toucher à tout. Après avoir tâté de multiples influences (entre autres New Wave, Rock Garage ou Shoegaze), les voilà affairés autour d’une sonorité rock pas si cold que ça - on pourrait appeler ça du « rock tiède ». Plus précisément, Luminous est trempé dans un moule de pop radieuse, comme le présage le titre de l’album, à la fois nonchalante et faussement rythmée, qui distille quelques touches psyché, tout en conservant un arrière-plan ombragé. Certes peu exacerbée, la recette est plus accessible que leurs précédentes compositions. De la palette de sonorités dévoilée, on peut pointer une multitude d’influences allant de Talk Talk aux Manic Street Preachers. Mais format pop ne signifie pas pour autant radiophonique, puisque la plupart des titres dépassent les cinq minutes. De quoi accentuer cet effet planant, léger mais persistant, dont s’orne cet album de bonne facture.

Note :  

23/04/2014

Foster The People - Supermodel

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Foster the People, énième et dernier band formé par Mark Foster, talentueux musicien compositeur originaire de Cleveland qui à 18 ans, s’exile vers Los Angeles pour vivre son rêve. Enième, car il ne s’agit pas de sa première tentative de sortir la tête de l’eau. Dernière, car celle-là est la bonne. Mieux entouré que jamais, du batteur Mark Pontius et du bassiste Cubbie Fink, il forme en 2009 ce groupe qu’il souhaite de prime abord appeler « Foster and the people ». Par mégarde, le « and » passe à la trappe, mais ce dernier nom reste car on en apprécie le double sens – traduit au sens premier par « Adopter », « To Foster »  évoque plus largement le  souci de son prochain.

 

Riches et entêtantes, les premières compos du trio voient rapidement le jour. Mais à l’ère de la  comm’, talent et persévérance ne suffisent plus. Pour se faire connaître, le groupe parvient à vendre ses chansons en licence pour des films, séries ou jeux vidéos. Mais sa notoriété, il la doit principalement à un seul titre, le planétaire « Pumped up kids ». Groovy, aérée, dotée d’un de ces refrains qui se délogent difficilement du crâne, prisée à la fois par les puristes et le tout public, cette chanson donne à sa carrière un impressionnant boost, après des années de disette où elle peinait à quitter le sol. Un album « Torches » débarque, enrobant l’hymne des autres tubes qu’on a tous déjà entendu quelque part ou ailleurs, sans se poser la question de leur compositeur.

 

Sur ce second album, les Californiens confirment davantage leur richesse musicale que leur sens du tube, mixant et alternant au sein d’un moule rythmé les styles pop, afro et psyché. Certains titres se détachent bien du lot ; la plage d’ouverture « Are you what you want to be » nous offre une jigue aérée et ensoleillée, sorte de medley entre MGMT et Vampire Weekend. Davantage conventionnel mais non moins cadencé, le premier single « Coming of Age » réveille le souvenir de bands des années 80 tels Prefab Sprout, toujours entrainé par un agréable et léger vent de modernité. Mention spéciale, plus loin, pour le flamboyant « The Truth » ; de quoi faire mentir les statistiques qui nous expliquaient que la moins bonne chanson d’un album se trouve toujours en avant-dernière position – j’ai lu ça un jour, et franchement, y a des statisticiens qui doivent vraiment s’ennuyer.

 

Ne manquerait donc à cet album qu’un hit aux envergures de « Pumped up kids »... Je reprochais justement à leur premier opus le fait qu’il ne soit qu’un assemblage de briques, sorte de « Best Of » de leurs meilleures licences, mais souffrant d’un cruel manque de cohésion. Or, le travail d’ensemble réalisé ici gomme un tel défaut. Supermodel dispose d’une harmonie propre, armée par une remarquable production. Certes dénué de matériel à grandes ondes ou autre aimant à nominations musicales aussi populaires que burlesques, il n’en offre pas moins une myriade de sons qui vaut largement le détour.

 

Foster The People

Supermodel

Note :    

 

Ecoutez:

Are You What You Want To Be

Coming Of Age

 

The Truth

 

31/03/2014

Bombay Bicycle Club - So Long, See You Tomorrow

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A l’aube de leur dixième année d’existence, la carrière des Bombay Bicycle Club semble prendre de l’ampleur. En témoigne le succès de « So Long, See You Tomorrow », le petit dernier qui outre-manche, taquine les grosses cylindrées au sommet des charts.

 

Qu’ils se soient cherchés trois albums durant, ou qu’ils aient accordé du temps à l’expérimentation, le band anglais trouve aujourd’hui sa patte dans un style pop rock empruntant à la world music des rythmes et sonorités parfumées, relents des pèlerinages musicaux du leader et unique producteur Jack Steadman. Mêlant guitares, sampling, électronique et divers instruments impromptus, la richesse musicale rayonne autant qu’elle impressionne. Cet éclatant travail créé une ambiance euphorique et ensoleillée, qui jamais ne lasse ni ne retombe. Ainsi, les Londoniens se distinguent nettement de leurs collègues,  gardent pour eux leur sincérité artistique, et évitent de se propulser au devant des stades par de la gonflette à la Coldplay, insipide et impersonnellePlus qu’une révélation, ce disque leur octroie un vrai statut de Next Big Thing. Si tel est vraiment leur destin, pourvu que le plumage ne nuise jamais à leur ramage.

 

Bombay Bicycle Club

So Long, See You Tomorrow

Note :   

 

 

Ecoutez :

Luna

Carry Me

Feel

11/12/2013

Suivez le fil

 

MGMT (éponyme)

MGMT_MGMT.jpgTrois ans après le très décevant « Congratulations », les MGMT prennent leur revanche avec un album éponyme, largement orienté vers l’électro-rock psychédélique. Ce nouvel opus nous plonge dans une ambiance tempérée, en forme de rêve éveillé, au cœur de laquelle zénitude et mélancolie se confondent en écho et dans le calme. Parmi ces dix nouveaux titres, il ne faut espérer trouver une pépite addictive et populaire, tels que furent jadis Kids ou Time to pretend. A défaut, le sextet américain réussit à greffer à ce disque une identité propre, en y dressant une atmosphère profonde et consistante. Ils prouvent de cette façon que leur talent ne s’était pas entièrement évaporé après leur premier album. Pas imparable donc, mais non moins dénué d’intérêt, ce troisième album de MGMT est au final une bonne surprise.

Note :

Ecoutez : Your Life is a Lie

 



Mount Kimbie - Cold Spring Fault Less Youth

Mount_Kimbie.jpgDuo très influent, Mount Kimbie sort un remarquable second album dans un style electro chill minimaliste, mais pas tant que ça. Les Anglais y usent et abusent de mélodies planantes et hypnotiques, sur lesquelles perlent de multiples percussions, fines et choisies sur le volet. La basse joue un rôle secondaire, mais elle sublime les titres sur lesquels elle intervient. Quant au saxophone, très discret, il ajoute à l’ensemble un gramme de sensualité. On peut regretter les pauses « Hip Hop », qui gênent davantage qu’elles n’étendent les variations de style, ainsi que l’imperfection de la production, sans doute désirée, mais qui n’apporte pas de réelle valeur ajoutée. Un son peaufiné à la perfection aurait sans doute eu le mérite d’exister… mais nous ne le saurons jamais.

Note :

Ecoutez : Home Recording

 


Anna Calvi – One Breath

anna_calvi_one_breath.jpgOn ne sait quelle mouche a piqué Anna Calvi, qui semble prendre son rôle de diva du rock au pied de la lettre. En témoigne ce nouvel album blues rock paré d’un style très 20e siècle, à l'orchestration légère mais à l'atmosphère pesante. Certains titres feraient d’ailleurs de parfaites BO pour de prochains films de James Bond. La blonde nous livre une interprétation tendue, très théâtrale, et saupoudrée d'un peu de folie, qui rompt avec la lisseur de son premier et précédent opus. Qu'elle se tasse ou s'envole, elle garde une parfaite maîtrise de sa voix, sans ressentir le besoin d'en rajouter des caisses. Globalement… car à la longue, les complaintes, gémissements ou longues tirades litaniques (lisez : de nombreux« haaaan » et « Haaa ha ha haaa ») peuvent lasser. Le paradoxe gênant de One Breath se situe dans l’opposition entre, à certains instants ses surprises, et à d’autres, son manque de sincérité. Anna n’est pas encore la nouvelle PJ Harvey, bien qu’elle y travaille.

Note:

Ecoutez : Sing to me