12/07/2013

Rock Werchter 2013

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Durant ces quatre jours dans la plus belle plaine au monde, j’ai pu assister, de très près comme de très loin, à de nombreux concerts. Voici quelques mots sur ceux qui ont retenu mon attention. Pour les autres, soit je n’y étais pas, soit je n’étais pas en état d’émettre un jugement objectif …

 

 

Bloc Party – The Barn, jeudi 21h10

 

Peu en faisaient un must see du week-end. Et pourtant, sur scène, Bloc Party reste une valeur sûre, malgré une baisse de notoriété et des rumeurs persistantes de séparation. Emmenés par un Kele Okereke charismatique et omniprésent, les Anglais ont livré un show propre mais punchy et sans fausse note. A se repasser la set list en tête … Hunting For Witches, Flux, Banquet, This Modern Love, Helicopter … Tout cela valait largement une main stage.

 

 

Sigur Ros – The Barn, jeudi 23h10

 

Un festival fait la part belle à l’ambiance musicale et à l’ambiance tout court. Entre bières et décibels, libre à chacun de choisir son propre cocktail. Jusqu’à ce que surgissent Sigur Ros et leurs magiques ritournelles. Un groupe que le succès tardif n’empêche pas de se redéfinir à chaque sortie. Je me pensais immunisé,  je craignais d’être lassé, et les Islandais m’ont une nouvelle fois mis à terre. Quand Sigur Ros est sur scène, tout le reste n’a plus vraiment de sens.

 

 

The Bots – Main Stage, vendredi 13h45

 

Rien de tel qu’un concert punk pour commencer la journée. Hélas, celui-là sentait l’improvisation. L’énergie dégagée durant les titres au format de poche fut annihilée par de trop longs silences de transition. Descendre dans la fosse, remonter avec un paquet de Choco Prince et une fan hystérique sous le bras, tout cela est fort sympathique, sauf quand ca dure des plombes… La scène principale était sans doute trop grande pour The Bots, puisque la sauce ne monta guère plus loin que la première barrière.

 

 

Two Door Cinema Club – Main Stage, vendredi 15h20

 

Les Nords Irlandais semblent se délecter de leur ascension, si l’on en juge par leur nouveau look : bijoux bien apparents et costumes impeccablement repassés. Ils n’ont, en apparence, plus rien des pop-rockeurs bourgeonnants qu’ils étaient encore il y a trois ans. Heureusement, leur style explosif et leur ribambelle de tubes font toujours mouche. Y compris les titres issus de « Beacon », leur second album légèrement plus soft. Mission accomplie, donc, pour ces ex-gamins que le succès n’a pas encore transformés en nouveaux Coldplay, et merci bien.

 

 

Kings of Leon – Main Stage, vendredi 22h00

 

Partis en tournée sans nouvel album, les frères et cousins Followill semblent fouiller dans le vide à la recherche de leur motivation d’antan. C’était certes gagné d’avance, grâce à une set list du feu de Dieu, en forme de best of. Mais l’ambiance que l’on souhaitait enflammée fut tempérée par une prestation en roue libre, sans réelle passion, et alourdie par de longues pauses entre chaque chanson. On a connus les Kings bien plus fringants ; ce vendredi, ils sont simplement venus faire leur travail, et assurer le minimum syndical.

 

 

Blur – Main Stage, vendredi 00h10

 

Au vu l’hyperactivité de son leader, on n’espérait plus voir Blur revenir au premier plan. Damon Albarn a montré qu’il restait fidèle à lui-même, et à ses premiers amours. Vu la taille de son CV, il a pourtant de quoi se la péter bien plus que certains de ses compatriotes (et surtout ce type assez crasseux, coiffé comme un âne, avec une énervante voix nasillarde, qui chantait avec son frère dans un groupe au nom d’une boisson fruitée… comme s’appelle-t-il déjà ??). Sur la Main Stage, ces grands représentants de la pop anglaise ont aligné leurs nombreux hymnes sans chichis, ni ego surdimensionné. A commencer par Boys and Girls, histoire qu’on se rappelle bien qui ils sont. Au final, c’est une immense vague de bonne humeur qui a déferlé sur la plaine. Simple, efficace, et à aucune moment ennuyeux.

 

 

Django Django – The Barn, samedi 18h05

 

Django Django is unchained ! Comme Hot Chip ou M83, les Londoniens font partie de ces groupes dont la musique prend une toute autre dimension sur scène. Tenant un rythme soutenu, alternant montées et apogées, harmonies vocales et passages instrumentaux, ils ont entraîné la Barn dans une intense spirale festive, pour ce qui fut au final l’une des plus emballantes prestations du week-end. Impossible de sortir de là sans sourire aux lèvres et fourmis dans les jambes.

 

 

James Blake – Klub C, samedi 20h55

 

Face aux monstres de Volbeat qui se déchainaient sur la main stage, l’electro minimaliste de James Blake n’a pas failli. Installant sans attendre un niveau d’intensité élevé, via des sons hypnotiques, et des basses percutantes qui ont fait vibrer plus d’un diaphragme, le beau gosse a en outre joué de sa voix aux vertus narcotiques, pour plonger dans son monde un public très jeune. La prestation, nappée d’une forte aura sensuelle, a emballé la Klub C malgré le statisme radical des musiciens, demeurant assis du début à la fin. Éblouissant pour un artiste de 24 ans à peine.

 

 

Rammstein – Main Stage, samedi 23h25

 

Rammstein en tournée, c’est une trentaine de camions et des hectolitres de carburant. Derrière leur apparence de psychopathes, ce sont aussi de vrais pros, tous diplômés en pyrotechnique. De fait, ce show potentiellement dangereux (on aurait tendance à l’oublier) demande une précision millimétrée. Alors même si le spectacle ne laisse aucune place à l’improvisation musicale, il vaut la peine d’être vu de près. N’y emmenez cependant pas vos enfants ; certaines scènes à caractère sexuel sont très réalistes, et pas du meilleur goût.

 

 

Depeche Mode – Main Stage, dimanche 21h15

 

On a écrit un peu tout et n’importe quoi sur ce concert, dont le seul défaut fut qu’il était sans doute davantage destiné aux fans parmi les festivaliers, qu’à la plaine entière. Malgré tout, il s’agit d’une des meilleures représentations du week-end. Après une ouverture en mode Delta Machine, Walking in my shoes met tout le monde d’accord. Les tubes de toute époque se succèdent, Precious, Policy of Truth, A question of time. Comme à chaque fois, Martin Gore prend le micro au survolté Dave Gahan le temps de deux titres confidentiels, le subjuguant Home en piano-voix, et un Higher Love, judicieusement sorti du placard. Comme de coutume, ils clôturent la première partie sur l’enchainement Enjoy the Silence - Personal Jesus. En rappel, Just can’t get enough pour les moins mélomanes et autres amateurs de farandoles, avant l’habituelle apothéose sur Never let me down again. Peu de surprises, mais c’est carré, efficace, et terriblement frais. Une nouvelle démonstration de la part de ces quinquagénaires plus en forme que certains néophytes.

 

 

Editors – Main stage, dimanche 23h35

 

Il paraitrait qu’en Flandre, le succès de masse d’Editors justifie le fait de les voir clôturer le festival pour la seconde fois en deux ans. Je me souviens, moi, d’un concert à l’atelier (Luxembourg) en 2009 devant moins de mille personnes, qui m’avait complètement retourné. Il est probable que cela n’arrivera plus jamais. Car leur carrière semble aujourd’hui emprunter la route qui mène droit aux stades, et à un statut de U2 nouvelle génération. Bye bye explosivité et promiscuité, qui leur convenaient si bien. Mais après tout, s’ils préfèrent se perdre dans des albums destinés à l’Ultratop, ou des BO de films pour ados en fleur… il nous reste encore Interpol et White Lies, pour ne citer que ceux-là. Quant à ce concert de clôture, il n’était pas intrinsèquement mauvais. Juste carrément hors-contexte, surtout accompagné de feux d’artifice distillés un peu n’importe quand. Et de la part d’Editors, j’ai déjà vu beaucoup, beaucoup mieux que cette compilation des chansons les plus passe-partout de leur répertoire.




Rock Werchter 2013

4, 5, 6, 7 Juillet 2013



16/05/2013

James Blake - Overgrown

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Gastronomie musicale, titre pompeux pour certains, thèse infondée pour d’autres. Pourtant, les notions de raffinement, de saveur par la mesure, sont régulièrement démontrées sur la scène alternative. James Blake en est l’exemple premier, lui qui fut révélé il y a deux ans grâce à un debut album troublant, marquant par ses silences, ses légères superpositions de sons, et son interprétation impressionnante de vérité. Aujourd’hui sort Overgrown, sur lequel Blake reste fidèle à ce minimalisme électronique dont il a fait sa griffe, sans pour autant s’y enterrer.

 


Plus haletant par endroits, ce nouvel opus est aussi plus chaleureux, s’accordant moins de respirations et tout autant de gimmicks accrocheurs. La légèreté instrumentale n’empêche pas l’album d’être varié, puisqu’il alterne les chansons douces et celles qui auraient presque leur place sur une piste, le tout enrobé dans une aura qui déborde de sensualité. La voix de Blake est plus présente, et colle à son naturel. Elle emporte les mélodies davantage que leur rythme, et y greffe une touche soul à la manière d’un Jamie Woon. On peut être réfractaire au style, mais ce timbre si particulier, haut, coulant, affirmé et pas réellement plaintif, est imparable. D’ailleurs, le seul bémol du disque se situe vers « Take a Fall for me », plage durant laquelle Blake laisse lelead vocal à un slammeur pas forcément emballant. Mais globalement, le plaisir est différent, et certainement pas atténué ; c’est ce qui s’appelle une confirmation réussie.

 


James Blake

Overgrown

Note :

 

 

Ecoutez:

Overgrown

Retrograde

 

23/11/2011

James Blake @ Ancienne Belgique, lundi 21 novembre 2011.

james blake, ancienne belgique

 

Révélation de l'hiver dernier, James Blake posait ses synthés sur la scène de l'AB ce lundi, avec l'intention de faire profiter la salle de son électro intense et minimaliste. Un style qui, pour se faire apprécier à sa juste valeur, nécessite que l'audience respecte un certain silence, ce qui n'est pas toujours le cas en ces murs bruxellois. Et on peut craindre le pire lors de la première partie, à subir le véritable brouhaha qui couvre le violon et la voix soul de Marques Toliver. Mais plus tard, lorsque Blake vient s'asseoir derrière ses claviers, le ton baisse, et les quelques jacasseurs restants se voient rabroués par une salve de "chuut !" venus de part et d'autre de la foule. Le jeune Londonien bénéficie alors des meilleures conditions pour étaler son set.

 

Avec sa coupe en pétard, son gilet morne et son minois d'ange glacé, Blake a l'allure d'un Robert Smith époque "Boys don't cry". Comme ses deux musiciens, il reste assis, concentré sur ses instruments, durant l'entièreté du concert. Si ce ne sont quelques paroles, gage d'une sympathie certaine, Blake n'en fait pas des tonnes pour plaire. Se dispenser d'un quelconque jeu de scène, il peut se le permettre, car la profondeur de sa musique suffit à capter les attentions.

 

Mélange harmonique entre Trip Hop et Dub Step, le style de Blake fait mouche. Une mouche qu'on entendrait voler entre les reprises, quand il se contente de quelques notes de piano judicieuses, sur lesquelles il pose sa voix, onctueuse et plaintive à la fois. Mais l'univers de James Blake n'est pas uniquement fait de minimalisme. Lorsque les mélodies tournent à l'orage, les basses font vibrer les structures métalliques de la salle entière. A d'autres moments, le rythme s'extirpe hors de sa pesanteur hypnotique, et s'aventure vers de la pure house music. C'est un concert fascinant si on se donne la peine d'y entrer, tantôt gonflé d'énergie, tantôt d'un calme retentissant.

 

 

 

James Blake

Ancienne Belgique, Bruxelles

Lundi 21 novembre 2011.

 

18/02/2011

James Blake

 

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Certains silences sont d'or. Cette locution, James Blake l'applique à merveille sur son premier album éponyme.


Ce Mac Gyver de l'electronica parvient à créer des compos très fines à partir d'une orchestration des plus minimalistes.  Parfaitement dosées, les instrus laissent filtrer un calme enivrant, sujet à une appréciation  aussi large que personnelle.   Quant au rythme, il demeure placide comme une pendule. On est en plein dans la vraie gastronomie musicale. Le style ambient est propre, et rappelle par moments l'univers particulier de Portishead, la tension en moins.

 

L'ensemble est réellement fascinant. On se laisse emporter très facilement, même si à de courts moments, cette surprenante musicalité peut parfois se déchausser, voire casser les oreilles. Ces épars instants de disgrâce ne viennent, en rien, gâcher un album remarquable à plus d'un titre.

 

 

James Blake

Album éponyme

Tarif: 7.5/10

 

 

Ecoutez:

 

The Wilhelm Scream

Limit to your love