07/01/2010

Dernières écoutes - Jonsi & Alex - Riceboy Sleeps

Riceboy Sleeps


Grand adorateur de Sigur Ros, je me devais d'acquérir le premier opus solo de son charismatique chanteur Jón Birgisson. Pas si solo que ça, puisqu'il le signe en duo avec son ami Alex Somers (dont je ne vous ferai pas la biographie, vous laissant à ces fins vous débrouiller avec la toile).


Sorti en 2008, le dernier album du groupe mené par Jonssi se voulait plus "ouvert" aux oreilles continentales, peu habituées à ce style hors norme. Exit les longues envolées lyriques et féériques, pour privilégier le carré et le binaire, tout en restant fidèle au tracé musical de toujours. Il faut croire que l'expérimentalisme lui manquait très fort, à Jonssi... puisque Riceboy sleeps propulse l'auditeur dans les entrailles de Sigur Ros, le replongeant irrémédiablement dans les albums du début, comme Von pour ne citer que celui-là.

Annonçons-le sans détour : cette galette est aux antipodes de tout ce qui passe en radio, que l'onde soit commerciale ou underground. Cela pourrait même choquer les tympans habitués aux rythmes ordinaires. Plaçons le CD dans le lecteur, appuyons sur Play. Attendons la fin de l'introduction, jusqu'à ce que la chanson démarre. Attendons, attendons ... pour finalement nous rendre compte, au bout de sept minutes trente, qu'il ne s'agissait pas précisément d'une introduction, car tout le morceau est ainsi composé... il est dès lors très difficile de juger de la qualité de ce disque, puisqu'il ne plaira qu'à un public très restreint, défini par avance.

Pour chaque titre, la mélopée se chuchotte, décolle délicatement, monte encore plus haut, redescend doucement, avant que le cycle ne recommence. Plus matériellement, les sons sortent d'instruments divers, qu'ils soient à corde ou à vent, on n'en sait parfois trop rien. Des voix d'enfants ou de femmes viennent de temps à autre se greffer sur les douces et (très) longues mélodies. Mais elles ne prononcent jamais aucune parole, ni en anglais, ni en Vonlenska, langage usité du seul Jonsi. En effet, l'album est entièrement instrumental, et bien que monotone, terriblement apaisant.

Il y a quelque chose de divin et terrien à la fois. Comme si les dauphins s'étaient mis au solfège. C'est dans l'ensemble délicieusement harmonieux, mais l'on n'appréciera ce nectar musical que dans des contextes très précis : dans un bain ; sur une plage déserte ; dans les embouteillages, vitres fermées. Egalement lors d'une nuit d'insomnie : c'est parfait comme appeau à marchand de sable. A l'inverse, dans toute situation où la relaxation n'est pas de mise, c'est bien trop mou. Et basiquement, cela peut faire songer à une compilation intitulée "Restez zen au boulot", le genre qui s'empilent dans les bacs à 5 euro à l'entrée des Virgin Megastores. Qui n'en serait pas moins redoutablement efficace.

A découvrir pour les curieux, à prescrire pour les nerveux.

Jonsi & Alex

Riceboy sleeps

Tarif : 6/10

 

Ecoutez:

Happiness

Boy 1904