12/10/2012

Suivez le fil

 

Matthew Dear - Beams

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Deux ans après le moyen Black City, l’artiste aux multiples facettes Matthew Dear revient avec une copie plus inspirée. Moulé dans une électronique planante et répétitive, Beams a quelque chose de fantastique, dans le sens fantomatique du terme. Un sentiment accentué par le « chant » de Matthew, robotique, grave et granuleux, comme s’il aspirait ses paroles. De prime abord indigeste, ce chant si particulier finit par se fondre dans l’ensemble, au fur et à mesure que l’album se déroule. En termes de compositions, on sent très fort l’influence d’artistes tels Talking Heads ou Nitzer Ebb sur le travail de Matthew. De la New Wave à la New Beat, il émane des mélodies un fort parfum d’années 80. Le rythme change peu d’un titre à l’autre, ce qui contribue à renforcer cette atmosphère brumeuse, mais peut aussi installer la monotonie. Beams est néanmoins un album atypique, qui mérite d’attiser la curiosité.


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Her Fantasy




LIARS - WIXIW

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Trio originaire de Brooklyn, les LIARS sont connus pour leur sens aigu de l’expérimentation. Débarqué en 2001, leur premier album portait une étiquette dance-punk. Depuis, ils n’ont cessé d’explorer des pistes, se renouvelant à l’occasion de chaque nouvel album. Le sixième et petit dernier se nomme WIXIW. Fondu dans une ambiance embrumée, c’est un album à la fois tendu et minimaliste. Le genre musical est ce qu’on pourrait appeler de l’électronique soft- industrial, soit un style conceptuel, qui privilégie le stress à la douceur mélodique. Les seules guitares présentes sont nappées d’un écho leur permettant de se fondre dans le décor. C’est un disque au genre atypique, délicieusement  malsain, qui maintient à son écoute une impression de demi-sommeil, comme un rêve éveillé dont on peine à s’extraire. Il sonne comme une rencontre virtuelle entre Aphex Twin et Radiohead. A écouter dans un contexte posé, et réservé à un public averti !


Tarif : 7/10

Ecoutez : No.1 Against The Rush

 



Beach House - Bloom

Beach-House-Bloom.jpgQuatrième album du duo de Baltimore, Bloom ne dispose d'aucun lapin dans son chapeau. On reconnait cette pop flottante et langoureuse, à l'orchestration relativement usuelle. Les riffs de guitare, aussi coulants que le reste, prennent toutefois une place importante au sommet de certaines mélodies. Aussi peu compliqué que bien inspiré, et plus ensoleillé que sa terne couverture, ce disque se situe aux antipodes de la prise de tête. Là où on attend parfois la musique lorsqu'on en a besoin.  Son rythme cool et peu alterné en fait un registre de balades aérées, saupoudrées d'un grain de vague à l'âme et d'un soupçon de nostalgie. Dans de telles conditions, on accepte volontiers d'arrêter de réfléchir. On attendra aussi qu'arrive le morceau caché, avec le même bon coeur, et sans laisser transparaître la moindre impatience.

 

Tarif : 7/10

Ecoutez : Lazuli



 

03/02/2011

Suivez le fil - 2010: séance de rattrapage

 

On voudrait parfois disposer de 48 heures par jour. A défaut de pouvoir tout écouter en temps et en heure, je vous propose une petite séance de rattrapage sur cinq albums de l'année dernière. Oui je sais, il en restera encore... 


 

Matthew Dear - Black City

Matthew Dear.jpgUn éventail de mélodies électroniques glacées, mais bien pondues, insuffle à Black City une atmosphère très particulière. Hélas, le côté ultra répétitif et le manque de rythme en font un album relativement lourd. La partie vocale semi-lymphatique, mélange parfait entre Tunde Adebimpe (TV On The Radio) et Vincent Delerm, peaufine le manque de carthasis. Dommage, car l'intention était bonne.

 

 

Tarif : 5/10

Ecoutez: Honey

 

 


Brisa Roché  -  All Right Now

BrisaRoché.jpgSèche et pincée, la voix de Brisa possède ce côté intrusif, qui envoûte ou insupporte selon la perception de chacun. Sa musique, qui oscille entre rock garage et alternatif, paraît simple et uniforme, mais une écoute approfondie révèle certaines nuances d'un titre à l'autre. Pour le reste, il n'y a là rien de révolutionnaire. A certains moments captivant, guilleret à d'autres, il est aussi des passages plus ennuyeux, qui rabaissent cet album au rang commun. C'est sympa, sans être croustillant.

 

 

Tarif : 6/10

Ecoutez: Sweat King

 

 

Crocodiles  -  Sleep Forever

crocodiles.jpgLa source du ressac cold rock ne semble pas se tarir. Dans le cas des Crocodiles, la voix lointaine et le côté légèrement planant apportent au style une certaine touche psyché. On se laisse de prime abord séduire, mais dès la 3e ou 4e plage, une ombre se met à planer. Cet album ne souffre ni de légèreté, ni d'ennui, mais plutôt d'un cruel manque de charme. Telle une magnifique jeune fille qui ne sourit jamais, on le souhaiterait plus éclatant. Quelque peu terne donc, mais néanmoins prometteur.

 


Tarif : 6/10

Ecoutez: Mirrors

 

 

Serj Tankian  -  Imperfect Harmonies

Serj-Tankian-Imperfect-Harmonies.pngSe recycler, c'est bien. Mais bien se recycler, c'est mieux. Sur ce deuxième album solo, Serj Tankian s'éloigne encore et toujours de ce qu'il fait avec son groupe System of a Down. Exit le Metal décapant et les changements de rythme décoiffants. Même la puissante voix de Serj, son principal atout, semble être tournée sur mute plus souvent qu'à son tour. Le pire, c'est que ça n'en valait vraiment pas la peine. On dirait qu'il essaye de faire du Muse deux octaves plus bas... ou du Rammstein sans distorsion. Le résultat, c'est un potage opera rock tout lisse, aussi fade qu'un milk shake à l'eau distillée. Son message anticapitaliste prendrait-il l'ascendant sur son inspiration musicale ? Quoi qu'il en soit, il va lui falloir trouver meilleur support s'il veut en assurer la diffusion. Car sur cette galette, il n'y a pas que les harmonies qui sont imperfect...

Tarif : 3/10

Ecoutez: Disowned Inc.

 



Chapelier Fou  -  613

chapelier-fou-613.jpgDe son vrai nom Louis Warynski, ce messin a étudié la musique classique au conservatoire durant des années. Aujourd'hui, il l'adapte en version postmoderne. Bien loin des sentiers battus, 613 est une suite de comptes instrumentaux admirablement conçus, qui s'étalent le long d'un vaste paysage musical rempli d'émotions diverses. Si un reproche doit lui être adressé, c'est son léger manque de consistance. Il peut de fait aisément revêtir l'étiquette du disque à écouter d'une oreille, "tout en faisant autre chose". Ce bémol est davantage dû au style traditionnel de l'album, plutôt qu'à sa réalisation propre, qui reste brillante et substantielle.

Tarif : 7/10

Ecoutez : Luggage