07/02/2013

Maximilian Hecker @ Rockhal café

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La dernière fois que j’ai vu Maximilian Hecker, c’était au « musée »,  salle confinée du Botanique de Bruxelles. Ce lundi soir, l’occasion m’est donnée de retrouver ce talentueux pianiste allemand au « Rockhal café ».

 

On connait la Rockhal de Belval, véritable temple du live, situé dans l’ancienne zone industrielle d’Esch-sur-Alzette, un quartier récemment transformé en zoning du shopping et de la finance. Bâti il y a 5 ans à peine, cet édifice a déjà accueilli foule d’artistes de renom au sein de ses deux salles de concert. Deux salles, pour deux capacités différentes. La « grande salle » peut accueillir 10,000 spectateurs. Entre autres événements gravés dans la mémoire de ces murs, c’est là que Depeche Mode avait initié leur « Tour of the Universe » en 2009. Et je ne vous parle pas de Rihanna ou Lady Gaga ; je n’en parle jamais de toute façon. Quant à la « petite salle », plus communément appelée « Rockhal Box », elle permet une affluence maximale d’un millier de personnes. Cet endroit secondaire affiche néanmoins un palmarès long et de qualité ; Editors, IAMX, The Wombats, Patti Smith, Vitalic … pour d’autres exemples, je vous invite à fouiller ce blog ; je m’y rends en effet plus souvent qu’à l’église.

 

Lorsqu’un artiste annoncé à la Rockhal Box ne fait pas assez d’entrées, il est puni. Et pour sa peine, on oblige le pauvre à se produire dans le « Rockhal café » qui, comme son nom l’indique, est un bistro jouxté à la Rockhal, tamisé, avec un bar mais aussi des tables et des chaises, car il est possible d’y manger (c’est bon, mais un peu cher). Et ce lundi soir, le châtié se nomme Maximilian Hecker. Malgré son talent, sa sensibilité, et son répertoire lourd de 7 albums, « Maxi » n’est parvenu à attirer qu’une cinquantaine de personnes, barmen compris. Dieu bénisse cependant le peuple ignorant, celui qui préserve son porte-monnaie pour d’autres chanteuses aguicheuses, celles dont les vitrines comptent autant de sextoys que de NRJ music awards. Par leur absence, ces nombreux ânes ont donné à ce concert un cadre intimiste qui ne pouvait mieux lui convenir.

 

Certaines choses ont changé depuis le musée en 2010. Au-delà du fait qu’il boycotte les lames de rasoir, abordant un look bobo-cool digne de Frédéric Beigbeder, Maximilian n’apparaît plus seul sur scène. Son unique compère, préposé tabouret, guitare et synthétiseur, est loin de n’être qu’un simple faire-valoir ; il s’agit en fait de Félix Raüber, leader de la formation Polarkreis 18, qui avec leur tube « Allein Allein », avait fait danser l’Allemagne entière en 2009. Et il se garde bien de faire sa publicité sur scène ! Sa palette de talents, ainsi que la complémentarité du duo, vont s’étaler tout au long de la soirée.

 

Le début du concert tend à montrer que ce soir, l’endroit ne compte que des vrais fans. Vouté derrière son piano, Maximilian laisse parler ses noires et ses blanches dans un silence fracassant. Les deux photographes mandatés par la Rockhal doivent mettre leur déclencheur sur silencieux, et derrière le bar, on entend tinter les verres. Personne n’oserait troubler ces instants de grâce d’une quinte de toux, si légère soit-elle. Et tous attendent l’ultime soubresaut de la dernière note pour applaudir. Max n’a rien changé de son style classico-romantique, et plus qu’un simple accompagnateur de scène, Félix se révèle être un véritable artiste. Taillée pour l’opéra, sa voix  dispose d’une tessiture très large, et bouleverse l’audience lorsqu’elle s’envole. Après une paire de chansons, le duo se présente, et fait déjà montre d’un humour très naturel. Leur parler, joyeux et spontané, enlève les dernières barrières qui pouvaient encore rester, et permet à la musique de remplir les moindres recoins de la pièce. Une musique douce et poignante, qui à de nombreuses reprises, nous prend littéralement à la gorge.

 

Un concert de Maximilian Hecker se pare toujours d’une certaine dose de surréalisme. Sans se comporter en autiste, il se conduit en véritable artiste, aux réactions toujours posées, mais parfois imprévisibles. Ainsi, il lui arrive de perdre le fil de sa chanson, suspendant ses doigts au dessus de ses touches durant de longues secondes, et n’émettant dans son micro plus que de courts gémissements de doute. Personne n’ose alors bouger. A la fin de la chanson, il s’excuse, prétextant qu’un bourdonnement dans les enceintes est venu troubler sa concentration. Plus tard, il dira qu’il cherchait ses mots, souhaitant chanter le dernier couplet en chinois, pour les 4 ressortissants présents dans le public. Car Max est également multilingue ; il se traduit lui-même dans un très bon anglais, et un français plus hésitant, sauf quand il cherche le bon mot parmi ses spectateurs. Il est également écrivain, auteur de son autobiographie dans sa langue natale. Assis sur un tabouret sur le devant de la scène, il en récite un chapitre durant une bonne dizaine de minutes, et tant pis pour ceux qui ne comprennent rien à la langue de Camilo Felgen et Peter Schilling. Et que dire de cette fin de concert, supposé se terminer après un unique rappel, avant que Max ne se décide soudainement à revenir au piano. Alors que les lumières sont rallumées, il nous replonge dans son univers le temps d’une balade, puis deux. A la fin de la troisième, il se lève d’un bon, traverse les applaudissements d’un pas pressé, et s’enfuit hors du bar sans prononcer un mot. Un mystère de plus, suggéré par cet attachant et subjuguant personnage, au cours de cette mémorable soirée. La taille (trop) réduite de l’audience en était le tout premier.



Maximilian Hecker @ Rockhal Café

Lundi 4 février 2013



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20/12/2012

Suivez le fil : Maximilian Hecker, Shearwater, BEAK>

 

Maximilian Hecker – Mirage of Bliss

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Après un album plus sombre et personnel, Maximilian Hecker revient à ses premiers amours. Mirage of Bliss est un recueil de balades tendres et mélos, rythmées par les touches de piano et la voix fluette de leur auteur. Il émane de ces chansons un fort parfum de romantisme à l’eau de source, celle à laquelle tout public s’abreuve, qui pourrait légitimement exaspérer ceux qui attendent ‘la’ touche originale. Globalement, on se laisse séduire sans être pris à la gorge. « Max » est un artiste bourré de talent, mais force est de constater que ses derniers recueils peinent à retrouver le niveau de « Rose », son album de 2003 qui reste à mes yeux sa pièce maîtresse. Celui-là même qui, entre touchante singularité et romantisme exacerbé, trouvait le parfait équilibre.

Tarif : 6/10

Ecoutez : The  Whereabouts of love


 

Shearwater – Animal Joy

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Sur leur huitième album, les Texans de Shearwater proposent un rock éthéré, vierge de toute broderie inutile, si léger qu’on entend tinter les cordes de guitare et trembler les touches du piano. Un son pur et si intense qu’il nous emporte dès la première plage, performance d’autant plus louable que les ingrédients de base sont tout ce qu’il y a de plus classique. Entre attendrissement et bouillonnement, la voix de Jonathan Meiburg allie émotion et naïveté spontanée. Les chansons qui se succèdent, préparées à partir d’une recette alternative qui doit beaucoup aux années 80, forment une suite aussi attachante que fascinante. Animal Joy est la recette pour faire du Snow Patrol, mais en bien mieux.

Tarif : 7.5/10

Immaculate

You As You Were



BEAK> - >>

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Si vos références en termes de musique sombre sont Joy Division, Portishead ou Liars, vous n’avez encore rien entendu. Chez les Anglais de BEAK>, il n’y a pas que le nom qui soit décalé. Ce trio formé par Geoff Barrow, musicien de … Portishead, propose un second album très minimaliste et conceptuel. Voire trop. L’accent est placé sur un stress dominant, avec une voix venant des limbes, une orchestration faite de cordes saturées et de sons électroniques froids, et des structures où certaines mesures se répètent à l’infini. Un disque difficilement digeste, volontairement confus, qui ne sort pas, mais s’éjecte du format habituel. Une représentation sonore parfaite des fameuses terreurs nocturnes qui, écouté dans un contexte embué, peut nous glisser dans la tête d’horribles pensées. L’effet souhaité, à savoir provoquer le malaise, est totalement réussi. Mais après, faut pas s’étonner si tout le monde n’aime pas.

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : Wulfstan II

30/11/2010

Suivez le fil

 

N'ayant pas trouvé à cet article une digne introduction, sujette à vous laisser pantois, voici donc tout simplement quelques lignes à propos des derniers albums passés par mon lecteur mp3.

 

Tame Impala - Inner Speaker


tame impala.jpgDes vagues de guitares, un incessant effet planant, quelques sons qui crachent, et l'écho d'une voix au timbre proche de John Lennon. Avec ces ingrédients et d'autres, le groupe australien Tame Impala nous plonge en plein coeur du rock psyché. Plus qu'intemporel, Inner Speaker nous fait également perdre la notion du temps. Chaque chanson est dressée comme si elle durait 20 minutes, et l'album pourrait en soi passer pour une seule grosse chanson alternant les nuances. Quoi qu'il en soit, cette ambiance colorée ne tarit pas de la première à la dernière seconde. Faites toutefois attention à ne pas vous noyer dans ce côté répétitif, bien accentué par la boucle qui termine la dernière plage "I don't really mind".

Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Solitude is bliss

 

 

Maximilian Hecker - I Am Nothing But Emotion, No Human Being, No Son, Never Again Son


max hecker.jpg2010 est l'année où ce songwriter allemand et pianiste de talent s'est offert un nouveau look, et de nouvelles inspirations. Sur cet album tout frais, c'est un Max retrouvé qui nous ouvre l'antre de son cortex. Si la mélancolie est toujours au rendez-vous, ses captivantes mélodies d'antan font place à des compositions plus profondes. L'émotion est intense, mais hélas trop évasive. De fait, cette projection intérieure a quelque chose de gênant, et surtout de trop personnel. Pris avec le recul nécessaire, et d'un point de vue purement musical, cet album paraît monotone, et répétitif. Seul un fan contemplatif pourra réellement en saisir l'essence.

Tarif : 6/10

Ecoutez : Nana

 

 

Xiu Xiu - Dear God, I Hate Myself

 

xiu xiu dear god i hate myself.jpgCe titre relate à lui seul tout le ressenti que provoque cet album. Composées à partir de réelles percussions et de sons électroniques disparates, les chansons du Californien Jamie Stewart sont cruellement poignantes. Tremblante et à vif, sa voix se fond parfaitement dans cette osmose mélancolique. En résulte un album très touchant, dont la musicalité expérimentale fait part d'une style unique, vierge de toute influence. "Dear God, I Hate Myself" est la preuve que la musique studio contemporaine peut exprimer un réel sentiment artistique. A découvrir pour les mélomanes explorateurs, et autres amateurs d'émotions intenses.

 

Tarif : 7.5/10

Ecoutez : Chocolate makes you happy

 

 

John Grant - Queen of Denmark

 

johngrant.jpgSur scène, où il gère actuellement les premières parties de Midlake, John Grant est époustouflant. Son album séduit également, mais dans une moindre mesure. Ses chansons sont belles, douces et inspirées, mais elles ont aussi un arrière goût de seventies trop prononcé. D'un avis personnel, il manque à cet album un soupçon de fraîcheur, et à certains titres une dose d'émotion que la voix de Grant, trop canalisée, ne parvient pas à soutenir. Il plaira cependant beaucoup aux nostalgiques de John Miles et de Supertramp, pour ne citer que ceux-là.

 

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : I Wanna go to Marz

 

 

Bombay Bicycle Club - Flaws

 

bombay-bicycle-club-flaws.jpeg Entièrement construit autour d'une guitare acoustique, Flaws est un album très intimiste. La voix du chanteur Jack Steadman, douce et tremblante, y ajoute une pointe d'émotion. L'ensemble est toutefois un tantinet monotone, et manque légèrement de vie. Le côté relaxant, inhérent à ce style romantique, est enfoui sous une certaine tension qui masque l'arôme désiré et attendu. l'ensemble n'en reste pas moins plaisant, sans toutefois être exceptionnel.

 

 

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : Flaws

 

 


Curry & Coco - We Are Beauty

 

curry coco.jpgDirectement inspiré par la synthpop des années 80, cet assortiment de mélodies électroniques simplistes peut de prime abord ressembler à une blague du genre "Pop! Goes my heart" - je vous laisse ici à vos références cinématographiques. Il s'agit avant tout d'un album très fun, d'un duo se donnant l'allure musicale d'un Boys Band asexué. Deux ados qui s'éclatent sans prétention sur un dancefloor de cartoons japonais. Toutefois, de par sa simplicité, la fraîcheur du concept s'essoufle au bout de quelques titres, malgré le coup de fouet apporté par les premières plages.

 

Tarif : 5.5/10

Ecoutez : Sex is fashion

 


20/05/2010

Concerts - Maximilian Hecker, Nuits Botanique, samedi 15 mai 2010

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Durant la deuxième semaine du mois de mai ont lieu les Nuits Botanique, un festival musical éclectique bien connu des mélomanes bruxellois. Parmi les salles qui accueillent les artistes, celle dite du Musée du Botanique frappe par sa non conformité. Ce n'est, en effet, pas une salle de concert à proprement parler. Quelque peu courte même si tracée en longueur, la pièce est surmontée d'une mezzanine. Au rez comme au balcon, baignant dans une atmosphère tamisée, sont déposées une bonne centaine de chaises de cantine. Seul le fond de la salle est éclairé par des spots, et pour délimiter la scène, on a placé là trois tapis d'orient. A cet endroit, à peine quatre mètres derrière la première rangée de chaises, trône un majestueux piano à cordes.

 

 

Maximilian Hecker se fond à merveille dans ce contexte intimiste. Seul au piano, il gratifie ses fans d'une prestation à nu, très intense par moments. Travaillant sans filet, il improvise sa set list au fur et à mesure, piochant hasardeusement parmi les titres de son répertoire. Qu'elle soit basse ou haut perchée, sa voix se marie aussi parfaitement que simplement avec les accords de piano. Bien sûr, ça n'est pas du classique, on est loin de l'étiquette "Concours Reine Elizabeth". Mais il n'en est pas moins remarquable que des mélodies dites "pop" s'avèrent être si classieuses.

 

 

Si la musique de Maximilian se qualifie sans peine d'intense et mélancolique, il en va différemment du personnage... Il prend la parole pour la première fois après vingt bonnes minutes, adressant au public une formule d'usage on ne peut plus banale : "Hi, my name is Maximilian Hecker, thank you for coming.". Puis après quelques secondes d'hésitation, il lance une question simple, mais on ne peut plus spontanée : "... do you want me to say something?". Aussi improvisées que sa set list, ses interventions parlées sont aux antipodes des phrases clichés, et dévoilent une spontanéité peu commune dans le monde de la scène. Maximilian s'exprime dans un anglais approximatif, nappé d'un accent trahissant ses origines germaniques. Hésitant, il lui arrive de suspendre ses paroles pour s'enfermer quelques secondes dans ses pensées, cherchant le mot adéquat à utiliser. Et lorsqu'il ne trouve pas, il se tourne tout simplement vers son clavier pour continuer le concert, privant ainsi son verbe de chute, sans que cela ne le perturbe. De même, ses tentatives d'humour tombent souvent à plat. L'oratoire n'est pas son violon d'Ingres, et il ne le cache pas : "I hate saying something, I prefer to sing." Preuve à l'appui, c'est lorsqu'il se plonge sur son piano qu'il est le plus à l'aise, et qu'il semble redevenir lui-même.

 

 

Apaisante, la prestation ne sera ternie que par les coups de basse provenant d'une salle voisine. De puissantes vibrations bien dommageables, empêchant les spectateurs de se plonger entièrement dans l'univers de Maximilian. Il coupera carrément le lancement d'une chanson, s'exclamant avec tout le flegme qui le caractérise : "Where is this bass drum coming from ? Ok, I know, it's a festival... but that's just freaking me out."

 

 

Fidèle à cette proximité, c'est lui-même qui vendra ses albums à la sortie de la salle après le concert, accueillant les fans venus à sa rencontre avec toujours autant de simplicité.

 

 

Maximilian Hecker

Musée du Botanique, samedi 15 mai 2010.

 

 

Ecoutez:

 


Kate Moss

Never-ending Days

The Space That You're in

You'll come home again

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