15/01/2015

FKA Twigs - LP1

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FKA Twigs, un nom qui le mois dernier, trustait le sommet de la plupart des tops albums 2014. Derrière ce sobriquet digne d’un plat libanais, on trouve la jeune Anglaise Tahliah Barnett. Née d’un père jamaïcain et d’une mère d’origine espagnole, cette artiste polyvalente s’ouvre les portes du monde de la musique en dansant dans des vidéos d’Ed Sheeran, Jessie J ou Kylie Minogue. Au vu de ces références, on pouvait difficilement s’attendre à ce que son premier album solo atteigne une telle profondeur musicale.

 

 

Et pourtant. LP1 affiche d’étonnants contours. Nanti d’une sonorité à la fois vivante et synthétique, qui évolue au fil de l’écoute, ce disque propose un déroulement toute en finesse, précision et émotion. Tantôt, il nous berce au creux d’une bise minimaliste, tantôt il distribue de lancinants coups de griffe, qui font l’effet d’étreintes avec une créature futuriste. Soul, dub, trip hop, les embruns qu’il diffuse sont multiples et inattendus. Sans parler de cette omniprésente tension, par moments aphrodisiaque, dont on ne sait réellement si elle nous enveloppe ou nous enjôle. Un album saisissant, qui mélange les saveurs et creuse là où peu s’aventurent.

 

 

FKA Twigs

LP1

Note : ♪  

 

Ecoutez:

Two Weeks

Pendulum

16/05/2013

James Blake - Overgrown

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Gastronomie musicale, titre pompeux pour certains, thèse infondée pour d’autres. Pourtant, les notions de raffinement, de saveur par la mesure, sont régulièrement démontrées sur la scène alternative. James Blake en est l’exemple premier, lui qui fut révélé il y a deux ans grâce à un debut album troublant, marquant par ses silences, ses légères superpositions de sons, et son interprétation impressionnante de vérité. Aujourd’hui sort Overgrown, sur lequel Blake reste fidèle à ce minimalisme électronique dont il a fait sa griffe, sans pour autant s’y enterrer.

 


Plus haletant par endroits, ce nouvel opus est aussi plus chaleureux, s’accordant moins de respirations et tout autant de gimmicks accrocheurs. La légèreté instrumentale n’empêche pas l’album d’être varié, puisqu’il alterne les chansons douces et celles qui auraient presque leur place sur une piste, le tout enrobé dans une aura qui déborde de sensualité. La voix de Blake est plus présente, et colle à son naturel. Elle emporte les mélodies davantage que leur rythme, et y greffe une touche soul à la manière d’un Jamie Woon. On peut être réfractaire au style, mais ce timbre si particulier, haut, coulant, affirmé et pas réellement plaintif, est imparable. D’ailleurs, le seul bémol du disque se situe vers « Take a Fall for me », plage durant laquelle Blake laisse lelead vocal à un slammeur pas forcément emballant. Mais globalement, le plaisir est différent, et certainement pas atténué ; c’est ce qui s’appelle une confirmation réussie.

 


James Blake

Overgrown

Note :

 

 

Ecoutez:

Overgrown

Retrograde

 

21/09/2012

The xx - Coexist

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Voici l’un des albums les plus attendus de l’année…

 

En 2009, la planète rock voyait débarquer dans ses bacs un ovni, singulièrement orné d’un « x » blanc sur fond noir. Mystérieux et interpellant, ce debut album éponyme allait connaître une ribambelle d’apologies toutes plus dithyrambiques les unes que les autres.  Du jour au lendemain, ou presque, les quatre jeunes Londoniens dissimulés sous cette lettre, symbole usuel des l’anonymat, en sortaient précisément, et se retrouvaient catapultés sous les projecteurs d’un public exigeant et international. L’un après l’autre, les critiques qualifiés se sont emparées du phénomène, personne ne voulant être le dernier à les applaudir. Beaucoup, aussi, ont sauté sur l’effet de mode, comme ils sautent sur du Solveig en boîte de nuit. Quoi qu’il en soit, on a connu des débuts bien plus fastidieux que ceux-là. Mais qu’on aime ou qu’on n’aime pas, reconnaissons à The xx le mérite de créer une musique qui, bien plus que d’avoir le simple mérite d’exister, existe réellement.

 

Leur talent, c’est celui d’insuffler tout en douceur un univers propre et étendu, formé d’une large palette de couleurs sombres. Leur griffe, c’est un rock percutant de calme, aux silences pointilleusement cadencés, qui alterne le chaud et le froid et vient parfois effleurer l’érotisme platonique. Un minimalisme nocturne et enrobant, inspiré par leur apprentissage musical ; c’est la nuit venue qu’ils jouaient ensemble, diminuant le son de leurs amplis au minimum pour ne pas réveiller frères, sœurs ou parents. De cette passion commune est né un succès qui ne doit rien à personne d’autre.

 

Après ce premier album réussi, et une tournée qui les a menés partout dans le monde, quelle pression sur les épaules de ces jeunes artistes, à l’heure où sort leur second album…

 

Sur Coexist, la recette miracle ne change pas. On remarque toutefois que certains passages privilégient l’électronique. Des titres comme « Reunion » ou « Sunset » s’assimilent, en quelque sorte, à une évolution épurée du Everything but the Girl remixé par Todd Terry dans les années 90. Une notion de synthétisme avant tout accentuée par les percussions, qui ricochent parfois comme des beats de dance. On n’atteint pas encore le post-dubstep de James Blake, basse et guitare permettant de ne pas sortir du format pop conventionnel, mais certains morceaux de l’album pourraient presque nous faire danser. Sur Coexist, la guitare est mesurée, au millimètre. On la sent en pleine retenue, plus souvent qu’à son tour, distillant ses litanies avec encore plus de justesse.

 

The xx, c’est aussi deux voix aussi différentes que complémentaires. Si la qualité du chant de Romy Croft nous avait déjà sauté aux oreilles, force est de constater que Jamie Smith a bien bossé le sien. Moins sèche, sa voix se dessine avec davantage de forme et de maturité. De loin, on croirait parfois entendre du Murat. Il ne se contente plus de réciter ses textes de façon diatonique, et peut à présent assumer l’un ou l’autre titre seul au micro.

 

A l’instar de la musique de Radiohead, celle de The xx se comprend et s’apprécie tant et plus, au fur et à mesure des écoutes successives – rares d’ailleurs sont les groupes capables d’une telle maestria. Ainsi, même dépourvu de vraie surprise, court de 33 petites minutes à peine et camouflé au sein d’une harmonique d’apparence simpliste, Coexist n’en est pas moins chiche, dans son entièreté, de provoquer l’addiction.

 


The xx

Coexist

Tarif : 8/10


 

Ecoutez:

Angels

Chained