18/10/2011

New Order @ Ancienne Belgique, lundi 17 octobre 2011

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A chaque époque musicale son héros aux ailes brûlées. Les années 90 ont Cobain, les seventies Mike Brant... non je déconne.. Jim Morison, et quant aux sixties, elles offrent un choix luxurieux entre Brian Jones et Jimi Hendrix. Je vous laisse le soin de placer vous-même John Lennon dans la bonne case temporelle. La décennie 80 possède aussi sa légende, mais elle semble souffrir d'un manque de reconnaissance populaire vis-à-vis des précédents. Plus de trente ans après son décès tragique, l'oeuvre de Ian Curtis continue pourtant de susciter d'importantes vagues d'influence de par le monde. Il est de ces âmes fragiles dont l'existence éphémère n'en a pas moins fait avancer le rock de quelques pas de géant. Si je vous parle rarement de lui, c'est parce que je n'aurais jamais fini de le faire.

 

A peine une poignée de semaines après sa disparition, son groupe Joy Division se reforme sous l'intitulé de New Order. Leur premier album, "Movement", se place dans la suite logique du rock sombre et vif engendré par Curtis. La suite, c'est une tournure plus électronique, qui fera d'eux des pionniers du genre. Au fil des années, leur son évolue selon l'époque, et l'on ne sait pas très bien lequel s'adapte à l'autre. Certains titres de leur répertoire ont plus mal vieilli que d'autres, mais après 30 ans de carrière, ils peuvent légitimement être considérés comme des légendes vivantes. Vu l'enthousiasme que provoque leur nom auprès de leurs fans, pour la plupart invétérés, New Order fait partie de ces groupes qui, sur scène, est assuré de débarquer en terrain conquis.

 

Ce lundi, le "terrain" était la salle de l'Ancienne Belgique de Bruxelles, et les "conquis", des amateurs d'une quarantaine d'années pour la plupart, s'étant jetés sur les places en ligne comme de vieux adolescents surexcités. De fait, ce concert n'annonçait pas une tournée, mais une occasion exceptionnelle de voir ou revoir les Mancuniens sur scène. Cela vaut donc la peine de s'attaquer à la file d'attente qui longe le boulevard Anspach bien avant l'ouverture des portes.

 

Malgré leur statut, c'est en toute simplicité que le groupe monte sur scène, sur les coups de 21 heures. En premier lieu, c'est un large écran géant, diffusant des vidéos dépouillées, qui capte les attentions. Car le quintet bouge relativement peu. Derrière son micro, Bernard Sumner se dandine comme notre oncle Robert, sur la piste de danse lors du mariage d'une cousine quelconque. On pourrait voir en son pas chaloupé le symbole d'un mouvement anti-chorégraphique. La claviériste Gillian Gilbert impressionne par son immobilité. Tête baissée, elle ne bouge pas d'un poil durant tout le concert, comme plongée dans une intense séance de prière. Ou tout simplement endormie. D'une chanson à l'autre, aucun enchainement ne se fait ; Sunmer se charge de la transition en papotant avec son public comme avec un ami de longue date.

 

La playlist se remplit des tubes de toute époque. Le concert débute sur un "Crystal" très soft, faisant plâner le spectre d'un show mollasson. Cette impression ne dure qu'un titre, les suivants "Regret" et "Ceremony" plongent l'audience dans le grand bain. On a eu très peur, mais nous voilà rassurés : le groupe n'aura pas attendu longtemps avant de nous emballer. Le concert se poursuit sur un splendide "Age of Consent", de l'aveu de Sunmer peu souvent utilisé en live. Plus tard vient une série de tubes tirés de la période faste des années 80 : "Bizarre Love Triangle", "The Perfect Kiss", et un "True Faith" version club, amené par une longue et haletante introduction. Le public chauffe de plus en plus, et ne retient pas son plaisir. Après une heure vingt, le groupe termine le set sur un exaltant "Temptation". Arrive alors le rappel, certes pauvre en quantité, mais qui s'accompagne des deux véritables hymnes de cette génération. D'abord le mythique "Blue Monday", qui n'a pas pris une ride depuis 1983. La basse s'ébranle, tandis que le batteur est au chômage technique, supplanté par la piste de sampling originale. Une fois la dernière note émise, alors que l'ovation peine à retomber, Sunmer prononce ces mots magiques : "I think we do not play Joy Division songs anymore, do we ?". La salle entière s'emballe, et le groupe lance "Love will tear us apart", l'épitaphe de Ian Curtis. La version New Order est plus éclairée, avec un son pop et un Bernard Sunmer qui s'époumone sur les refrains. Histoire de s'entendre un minimum, car peu de spectateurs ne l'accompagnent.

 

Comme nombre de fans de concert, je dresse une liste de groupes que je souhaite voir un jour en live. Hier, j'en ai rayé l'un des plus gros noms. Je pourrai dire que j'y étais, et qu'en plus, j'ai vraiment aimé ça.

 

 

 

New Order

Ancienne Belgique, Bruxelles.

Lundi 17 octobre 2011.