01/09/2014

Dan Croll - Sweet Disarray

 

dan_croll.jpg

 

 

En voilà un qu’on imagine plus volontiers parmi la foule d'une Comicon que sur la scène d’un grand festival. Mais ne vous fiez pas aux apparences : derrière ces grosses lunettes de hipster, se cache un troubadour des temps post-modernes, auteur d’une des plus agréables surprises de cette année 2014. Dan Croll n’a que 18 ans lorsqu’il quitte sa province pour faire ses crocs au LIPA (Liverpool Institute of Performing Art), un institut fondé par Sir Paul Mc Cartney himself. Il s’y fait déjà remarquer, fin 2011, lorsqu’il se voit décerner le prix de l’auteur-compositeur de l’année par le Musician Benevolent Fund (organisme destiné à promouvoir les artistes amateurs – il n’y a aucune honte à l’ignorer, j’ai moi-même appris son existence en préparant cette chronique). Dès cet instant, les radios du royaume confirment ce début d’engouement en diffusant quelques-uns de ses titres. Des chansons, et d’autres, qu’il compile aujourd’hui au sein de son premier album.

 

Sweet Disarray est avant tout la démonstration que rien ne sert d’en faire des tonnes, quand on a pour soi talent, créativité et imagination. Il s’agit, ensuite, d’un recueil personnel, aux racines bien british, mais également influencé par l’œuvre d’une poignée d’artistes d’outre-Atlantique sélectionnés sur le volet, allant des Beach Boys à Grizzly Bear. Ce mix détonnant se moule dans un style pop / folk frais et fougueux, enjoué et ensoleillé, dont il est très difficile de se lasser. Des mélodies organiques, au chant doux et laineux, en passant par un rythme taquin et des textes remplis d’humilité (qui se rapportent surtout « aux filles », dixit leur auteur), cet album est éminemment addictif, à l’image des titres From Nowhere et In / Out, pour n’en citer que deux.

 

Si son look passe-partout peut faire illusion, Dan Croll est vraiment loin d’être un monsieur tout-le-monde. Son inspiration et sa maturité, remarquables pour un rookie, peuvent faire de lui un must de la décennie. Et si au pire il s’essouffle, il restera toujours ce succulent premier album.

 

Dan Croll

Sweet Disarray

Note : ♪ ♪ ♪ 

 

Ecoutez:

From Nowhere

In / Out

23/04/2014

Foster The People - Supermodel

foster.jpg

 

 

Foster the People, énième et dernier band formé par Mark Foster, talentueux musicien compositeur originaire de Cleveland qui à 18 ans, s’exile vers Los Angeles pour vivre son rêve. Enième, car il ne s’agit pas de sa première tentative de sortir la tête de l’eau. Dernière, car celle-là est la bonne. Mieux entouré que jamais, du batteur Mark Pontius et du bassiste Cubbie Fink, il forme en 2009 ce groupe qu’il souhaite de prime abord appeler « Foster and the people ». Par mégarde, le « and » passe à la trappe, mais ce dernier nom reste car on en apprécie le double sens – traduit au sens premier par « Adopter », « To Foster »  évoque plus largement le  souci de son prochain.

 

Riches et entêtantes, les premières compos du trio voient rapidement le jour. Mais à l’ère de la  comm’, talent et persévérance ne suffisent plus. Pour se faire connaître, le groupe parvient à vendre ses chansons en licence pour des films, séries ou jeux vidéos. Mais sa notoriété, il la doit principalement à un seul titre, le planétaire « Pumped up kids ». Groovy, aérée, dotée d’un de ces refrains qui se délogent difficilement du crâne, prisée à la fois par les puristes et le tout public, cette chanson donne à sa carrière un impressionnant boost, après des années de disette où elle peinait à quitter le sol. Un album « Torches » débarque, enrobant l’hymne des autres tubes qu’on a tous déjà entendu quelque part ou ailleurs, sans se poser la question de leur compositeur.

 

Sur ce second album, les Californiens confirment davantage leur richesse musicale que leur sens du tube, mixant et alternant au sein d’un moule rythmé les styles pop, afro et psyché. Certains titres se détachent bien du lot ; la plage d’ouverture « Are you what you want to be » nous offre une jigue aérée et ensoleillée, sorte de medley entre MGMT et Vampire Weekend. Davantage conventionnel mais non moins cadencé, le premier single « Coming of Age » réveille le souvenir de bands des années 80 tels Prefab Sprout, toujours entrainé par un agréable et léger vent de modernité. Mention spéciale, plus loin, pour le flamboyant « The Truth » ; de quoi faire mentir les statistiques qui nous expliquaient que la moins bonne chanson d’un album se trouve toujours en avant-dernière position – j’ai lu ça un jour, et franchement, y a des statisticiens qui doivent vraiment s’ennuyer.

 

Ne manquerait donc à cet album qu’un hit aux envergures de « Pumped up kids »... Je reprochais justement à leur premier opus le fait qu’il ne soit qu’un assemblage de briques, sorte de « Best Of » de leurs meilleures licences, mais souffrant d’un cruel manque de cohésion. Or, le travail d’ensemble réalisé ici gomme un tel défaut. Supermodel dispose d’une harmonie propre, armée par une remarquable production. Certes dénué de matériel à grandes ondes ou autre aimant à nominations musicales aussi populaires que burlesques, il n’en offre pas moins une myriade de sons qui vaut largement le détour.

 

Foster The People

Supermodel

Note :    

 

Ecoutez:

Are You What You Want To Be

Coming Of Age

 

The Truth

 

09/10/2013

Johnny Marr - The Messenger

Johnny-Marr-The-Messenger.jpg

 

 

A presque 50 ans (il les aura le 31 octobre prochain), Johnny Marr a bringuebalé sa guitare au sein de nombreuses formations. Tout d’abord The Smiths, groupe référence du mouvement rock anglais, dont il fut un membre permanent du début à la fin de leur courte histoire. Ensuite, Marr a navigué d’un groupe à l’autre ; citons The The, Electronic, Modest Mouse et plus récemment The Cribs. Il a pu aussi partager quelque scène avec des noms parmi les plus ronflants, de Paul Mc Cartney à Oasis. De l’ombre à la lumière, ce musicien influent lance cette année son tout premier projet solo.

 

Le résultat, pour un vieux briscard comme lui, est étonnement frais. Un pop rock insouciant, bien vivant, qu’on situe facilement outre-manche, armé d’une myriade d’accroches, et qui pénètre l’oreille avec une facilité déconcertante. Absoutes de toute forme de ride ou de nostalgie, les compositions de Johnny Marr n’envient ni fougue ni jeunesse à celles de ses descendants actuels. De « The Right Thing Right » à la plage titulaire « The Messenger », en passant par le mordant « I want the heartbeat », le potentiel addictif et radiophonique est énorme. Seule manque « la » prise de risque, la chanson profonde ou psyché qui à la fois dénoterait mais prodiguerait davantage de puissance à ce disque. Une sorte de « How soon is now » du 21e siècle. Mais soit, pour le premier album solo d’une éternelle main forte, The Messenger titille la hauteur des attentes les plus intransigeantes. L’ancien compère de Morrissey ne réinvente pas ce style séculaire, mais il y apporte son énième touche, la plus personnelle, et peut-être aussi la plus percutante.

 

 

Johnny Marr

The Messenger

Note :

 



Ecoutez:

The Messenger

New Town Velocity

 

03/09/2013

Suivez le fil

 

Vampire Weekend – Modern Vampires of the city

 

vw.jpgMême si leur son afropop ensoleillé reste séduisant, ce nouvel opus des New-Yorkais apporte peu de fraicheur en regard du précédent. Certains titres comme Ya Hey incitent à la jigue, mais auraient déjà eu leur place sur l’excellent Contra. Pour les autres, le peps n’est pas vraiment permanent. Il manque à Modern Vampires of the cities une réelle authenticité pour atteindre le même niveau. Trois albums et ils ne prennent déjà plus de risque ?

 

 

 

Note : 

 

 

Yeah Yeah Yeahs – Mosquito

 

yyy.jpgCe n’est pas qu’on trouvait le temps long, mais on commençait à se demander où ils étaient passés… Quatre ans après le très convaincant « It’s blitz », Karen O et ses potes reviennent avec, comme de coutume, un OVNI alternatif. Mosquito reste fidèle à leur griffe, cocktail Punk-pop insouciant et explosif, enrobé d’une couche d’électro et remarquable par sa spontanéité – on ne sait réellement pas à quoi s’attendre d’un titre à l’autre. Seul bémol : quelques tranches de douceur, un poil trop longues à mon goût.

 

 

Note : 

 

 

Allah-Las (éponyme)

 

AllahLas.jpgDans la série « On avait déjà entendu ça… mais ça faisait longtemps », le premier album des Californiens d’Allah-Las trempe dans le bon vieux rock rétro. Voix, guitares et production low fi nous replongent quarante ans en arrière, à l’époque de l’apogée de la pilosité masculine. Ce disque éponyme évite la lourdeur de la nostalgie, en proposant de nouvelles compositions colorées, d’un style rock plus dépaysant que réellement poussiéreux. C’est si réussi qu’on pourrait confondre avec un vieil album des Kinks ou des Animals.

 

Note : 

 

 

Miles Kane - Don’t Forget Who You Are

 

Miles-Kane.jpgDeux ans après un debut album mené par deux singles, le fringant Miles Kane revient avec une copie plus relevée. Sur Don’t Forget Who You Are, l’ancien leader des Rascals ne laisse aucune seconde de répit, assumant l’héritage de ses aïeuls grâce à un britrock pétillant. Parmi les 11 titres au format de poche se trouvent quelques tubes imparables, tels « Taking Over », plage d’ouverture irrésistiblement convaincante, ou la plage titulaire qui suit. Tellement frais, british et jubilatoire, ce disque donne au pote d’Alex Turner une carrure plus imposante encore. Ce jeunot, risque fort de marquer les prochaines années de son empreinte.

 

Note : 

 

28/08/2013

Suede - Bloodsports

Suede.jpg

 

 

A l’instar des Cranberries et des Smashing Pumpkins, Suede a connu son heure de gloire dans les années 90, avant de disparaître à l’aube du nouveau millénaire, pour mieux se reformer quelques années plus tard. Ceux qui, comme moi, ont eu la (mal)chance d’assister à un concert de la clique à Billy Corgan ces deux dernières années, émettront une réserve quant à l’utilisation du mot « mieux » dans la phrase précédente. Mais inutile de tirer sur le corbillard, ceci n’est qu’un aparté dans la présente chronique.

 

Le quintet londonien mené par Brett Anderson, chanteur-lover au nom bien … suédois, goutait alors au succès international, certes, mais ne provoquait pas tant l’hystérie des fans que les deux précités. Seuls quelques singles tels "Animal Nitrate", "So Young", "Beautiful Ones", raisonnent à l’oreille des trentenaires d’aujourd’hui, comme un rappel de leur insouciante jeunesse.

 

Ce premier album post-reformation débute plutôt pas mal, par "Barriers" et "Snowblind", deux titres « coup de poing » à la carrure de single. La suite, quelque peu moins emballante, barbotte dans un pop rock romantique un tantinet trop formaté. Sur la fin du disque, trop placide, l’ennui commence à se faire ressentir. On se sent bien rajeunir, bercés par la voix pinçante et si particulière d’Anderson, mais c’est bien là la principale satisfaction ressentie. A un autre band, on reprocherait de vouloir faire du neuf avec du vieux. Loin d’être mauvais, Bloodsports manque toutefois d’une sérieuse prise de risque, et de ce peps vivant et insouciant, qui nous gardait alors devant MTV, lors des après-midi pluvieux.

 


Suede

Bloodsports

Tarif :



Ecoutez:

Barriers


11/08/2013

Editors - The Weight Of Your Love

editors-the-weight-of-your-love.jpg

 

 

Cela fait maintenant deux albums que Tom Smith et ses ouailles se cherchent une nouvelle identité. Après s’être essayés à l’électro sur « In This Light and on this Evening », avec plus de satisfaction que de réelle distinction, voilà maintenant qu’ils s’engagent sur la route, que dis-je, sur l’autoroute de la facilité. Une chose est sûre : ils appuient tant et plus sur ce trait tiré sur un post-punk qui leur convenait pourtant si bien.

 

En témoigne un nouvel opus 100% pop rock, fidèle à leur nouvelle image de groupe plus si alternatif que ça, mais si lourdaud qui aurait pu s’appeler « The Weight » tout court. Entre faux tubes peu convaincants et moments confidentiels plus désolants que déchirants, ce disque sonne comme du U2 période Joshua Tree, mais de seconde catégorie. Seule réminiscence de la belle époque New New Wave de leurs débuts : la voix sombre de Smith, qui ne colle pas vraiment avec ce style nouveau. Un timbre qui, durant les titres voulus intimistes, s’envole de façon gênante et peu naturelle. The Weight of your love est le nouveau chapitre d’un groupe en mutation, qui souhaite s’ouvrir les portes de la grande foule, mais qui à coup sûr provoquera le rejet de quelques premiers fans.


 

Editors

The Weight Of Your Love

Note : 


Ecoutez:

Formaldehyde


 

26/09/2012

Two Door Cinema Club - Beacon

TDCC_Beacon.jpeg

 

 

 

J’ai découvert Two Door Cinema Club en live, alors qu’ils assuraient la première partie de Phoenix. C’était à l’Atelier, la salle la plus conviviale de Luxembourg, et même de tout le Grand Duché, dont je pourrais devenir actionnaire s’il m’était possible d’échanger mes tickets écoulés contre des stock options. Ce dimanche de printemps 2010 fut l’un de ces –rares- concerts où l’entrée me plut davantage que le plat principal. La prestation des Versaillais ne m’avait pourtant pas laissé dubitatif, loin s’en faut. Mais la pêche imprimée par les Nord Irlandais, et surtout leur sens aiguisé du tube, m’avaient fait plus que bonne impression. La semaine suivante, je m’empressais de découvrir Tourist History, leur premier album encore tout chaud. Un disque au rock terriblement frais, débordant d’enthousiasme, jamais agressif et encore moins terne. Une suite d’implacables hymnes à la bonne humeur que je nommerais plus tard « album de l’année ». Je ne serais pas le seul à m’emballer au sujet du rouquin Alex Trimble et de sa bande. Nul n’a fait d’eux les nouveaux Rolling Stones, mais je n’ai jamais lu, ou entendu, de bémol à leur égard. Pas une ligne, ni un seul commencement de phrase. Et pour cause, comment pourrait-on résister à ce bouillonnement d’allégresse, aussi accessible qu’efficace ? Car accessible, la griffe TDCC semble bien l’être. Et l’on peut s’étonner que la planète commerciale ne se soit jamais emparée du phénomène, d’autant qu’ils sont régulièrement diffusés en télé, dans l’une ou l’autre publicité. Remercions leur discrétion, leur simplicité conversée face au succès, et leur image de jeunots sans histoire, qui n’en feront jamais des icônes stéréotypées, servant à remplir les couvertures des magazines people. La musique n’est jamais aussi bonne que lorsqu’elle reste musicale, à cent pour cent.

 

Revenons à l’actualité, et à nouveau, abordons le challenge redouté du second album, celui qui suit un début marqué par la réussite. Taillé dans la même pierre que son béni prédécesseur, Beacon finit de poser le style frais et enjoué de TDCC. Tout comme Tourist History, il alterne les ritournelles qui rentrent plus facilement dans l’oreille qu’elles ne s’en délogent, et dont aucune n’est réellement moins consistante qu’une autre. Son écoute provoque pourtant un léger hic… Il n’est pas question d’un malaise, mais d’une question qui demeure alors que la dernière plage se termine. Comme un doigt qui resterait levé, au milieu d’une classe, alors que retentit la fin du cours. Quelque chose a changé, un infime détail, qui certes ne fait pas de cet album une déception, mais qui le place un cran en dessous du précédent. Beacon est peut-être bien plus élégant, mais certainement moins percutant que Tourist History. Des chansons comme « Handshake » ou « Sleep Alone » séduisent, mais ne provoquent pas l’excitation comme « I Can Talk », « Something Good Can Work » ou « Eat that up, it’s good for you », les tubes de 2010 qui s’écoutaient et s’écoutent toujours en boucle, sans lassitude. Ici, pour se voir administrer une bonne dose de patate, on peut compter sur les titres « Someday », « Settle », et… c’est à peu près tout.

 

Avec ce fin tracé Beacon, les Two Door Cinema Club effectuent clairement un pas sur la ligne qui mène le rock à la pop. Ne jouons pas les blasés, cet album est gai, relevé, et de bon niveau. Peut-être manque-t-il simplement de potentiel addictif.

 


Two Door Cinema Club

Beacon

Tarif : 7/10

 


Ecoutez :

Handshake (live)

Settle