30/09/2013

Sexy Sushi - Vous n'allez pas repartir les mains vides ?

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Après la cuite vient la gueule de bois, et l’euphorie fait place aux questions existentielles. Sexy Sushi évolue, abordant les sujets de société avec une certaine prise de conscience, aux dépends de cet aspect punko-n’importequoi-esque qui leur réussit pourtant très bien. Si l’orchestration électronique, aussi légère qu’énergique, ne varie pas, rarement les textes de Rebecca Warrior ont été aussi proches du premier degré. Au placard name-dropping et franche vulgarité, et même l’absurde voit son quota se réduire drastiquement. «  Mendiante », « J’aime mon pays », « La bombe » ; autant de titres qui stigmatisent les taches au  tableau de la France postmoderne. « Retour de bâton », charmante et maladroite chanson sur la fragilité amoureuse, flirte carrément avec le consensuel. Autre nouveauté, qui va dans le même sens : la demoiselle au torse nu chante bien plus qu’elle ne parle ou crie. On peut la penser influencée par une naissante sagesse, ou simplement par son travail au sein de son autre duo Mansfield TYA.

 

Le duo electrotrash nantais se fait plus sérieux, sans pour autant atteindre un niveau de sobriété parfaitement indigeste. Il se donne toutefois les moyens de faire de la musique à la fois conceptuelle et tangible, ici plus noire qu’à l’habitude, mais à laquelle manque cruellement son habituel décalage jouissif. A noter l’excellent « mystère des pommes volantes », contant les malheurs d’une famille victime d’un Polthergeist, et directement inspiré d’un épisode de l’émission « Mystères » diffusée sur TF1 au début des années 90. Qui s’en souvient encore trouvera ce morceau génial.

 


Sexy Sushi

Vous n’allez pas repartir les mains vides ?

Note :


 

Ecoutez :

J’aime mon pays

Retour de bâton

Le mystère des pommes volantes

 

01/11/2012

Suivez le fil : Disappears, Alt-J, Isbells


Disappears – Pre Language

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Quatuor formé à Chicago en 2008, Disappears propose un rock en noir et blanc proche du punk de la grande époque. Clairement influencé par l’œuvre de Sonic Youth, leur dernier album Pre Language balance un rock des plus purs, sans artifice et chargé de tension. Tous les ingrédients du style sont présents, du rythme carré aux guitares saturées qui s’affolent sur les refrains, en passant par un chant caverneux, par moments proche de celui d’Iggy Pop. Alors certes, tout cela n’est pas neuf, et manque même cruellement d’originalité. Mais ça ne manque pas d’adrénaline et, bordel, qu’est-ce que ça fait du bien parfois !


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Replicate




Alt-J – An Awesome Wave

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Nous sommes en 2012 et nous croyons avoir tout entendu. C’est sans compter sur ce premier album d’Alt-J, groupe formé à Leeds qui a méritoirement gagné son rang parmi les révélations de l’année, grâce à son style hybride très original. Quand on y prête une première oreille, le son Alt-J paraît poussiéreux, avec ses percussions industrielles et son clavier résonnant, digne d’un vieux piano bar. La surprise vient d’un chant et d’harmonies de voix élevées, tendant vers le blues folks américain, et dont les passages a capella sont savoureux. Ajoutez une basse et une guitare, et quelques sonorités électroniques tantôt claires, tantôt saturées, et vous obtenez un mélange unique en son genre.  An Awesome Wave, l’album qui illustre ce style détonnant, est une très bonne surprise, voire une petite bombe, qui ne trempe ni dans la monotonie, ni dans le « déjà entendu ».


Tarif : 7/10

Ecoutez : Breezeblocks



Isbells – Stoalin’

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A l’écoute de cet album, on se sent transporté vers certaines contrées d’outre-Atlantique, comme si le mouvement folk indé était propre au Wisconsin ou à l’état de Washington. Leader de la formation Isbells, Gaëtan Vandewoude provient de notre plat-pays. Son groupe et lui nous offrent un second album poignant et intriguant à la fois, d’une patte mélo-acoustique flottant quelque part entre Bon Iver et les Fleet Foxes. Stoalin’ n’a d’ailleurs pas grand-chose à envier à ces grandes références. Son éclatante quiétude, sa variété instrumentale, ses entêtantes harmonies vocales, et ses quelques mesures d’arpèges intimistes qui imposent le silence, font de ce disque une véritable pépite. Allez Gaëtan, enfile une chemise à carreaux trop grande et laisse-toi pousser la barbe davantage, tu n’es qu’à quelques centimètres d’une carrière internationale !


Tarif : 8/10

Ecoutez : Heading For The New Born 

29/08/2012

A Place To Bury Strangers - Worship

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Le trio new-yorkais A Place To Bury Strangers revient avec un album plus "shoegaze" que
jamais. Tout sur Worship est saturé à la limite de l'outrance, de la voix, initialement
douce et froide, aux guitares, en passant par des percussions distordues. La musicalité de 
ce disque repose sur une palette de sons profonds, gorgés d'écho, qui souvent caressent la 
consistance de simples bruits, tout en demeurant mélodiques. Mais ne parlons pas d'une 
simple "atmosphère" : ce disque est littéralement enfoui dans une couche nuageuse, 
bruineuse, délicieusement noire et malsaine. Une brume sirupeuse, dont il faut chercher la 
source du côté des Sisters of Mercy, de celles qui placent l'auditeur attentif dans un état 
semi éthilique et légèrement ébranlé.
 

On retrouve aussi ces lignes de basse volantes et prédominantes qui caractérisent le
mouvement post-punk. Ainsi un titre comme "Dissolved" fait irrémédiablement penser aux 
premiers albums de The Sound ou New Order. Les chansons se caractérisent par une 
douloureuse fin, que ce soit d'une coupure nette ou d'une mixture de saturations. Mais 
dans l'ensemble, ce disque se distingue surtout par sa tendance à flirter avec le vacarme. 
Un style qui l'en éloigne du sacro-saint "tout public", lequel, s'il s'y risque, n'attendra pas la 
dernière plage pour avaler une aspirine. Par contre, cette griffe si particulière fera le 
bonheur des amateurs de cyberpunk.
 
 
A Place To Bury Strangers
Worship
Tarif: 7/10
 
 
Ecoutez:
You Are The One

 

21/08/2012

Suivez le fil

Islands – A Sleep and A Forgetting

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Formation canadienne née en 2005, Islands propose son quatrième album. Un opus aéré, élégant, à tendance folk très marquée, oscillant entre blues séduisant et cha-cha apaisant. Il règne dans cette bulle une atmosphère de quiétude qui jamais ne tourne à l’orage, et ce même lorsque le rythme s’accentue. L’ensemble orchestral est dénué d’artifice, et aucun instrument n’y prédomine réellement. A sleep and a forgetting est un album fringant certes, mais dont le manque d’intensité se fait vite ressentir. Ce style alangui peut ainsi provoquer un léger ennui, d’autant qu’il est dépourvu de réelle surprise.

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : This Is Not A Song


Linkin Park – Living Things

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Au-delà de leur statut de groupe commercial post-moderne, il faut reconnaître à Linkin Park le talent d'avoir conquis la planète, grâce à leur nouvelle recette où metal et hip-hop se mélangent au sein d'une sauce qui reste néanmoins comestible. La qualification de "nouvelle" était valable au début de ce siècle, alors que le groupe d'Agoura Hills s'emparait des ondes internationales. Depuis lors, il faut bien admettre que le renouvellement ne fut jamais à l'ordre du jour. Sur Living Things, les Californiens font ce qu'ils ont toujours fait de mieux : aligner les titres punchy, chargés de beat et de guitares, emmenés tantôt par le flow de Mike Shinoda, tantôt par la voix puissante de Chester Bennington. Ils ne surprendront pas leur monde par ce nouvel opus, mais peut-être bien par leur capacité à trouver de nouvelles formules accrocheuses à partir des mêmes ingrédients. Entre l'infâme redécoupe de boucherie et la divine multiplication des pains, libre à chacun de se faire sa propre opinion.

 

Tarif: 6/10

Ecoutez : Burn It Down


 

Peter Kernel – White Death & Black Heart

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La question n’est pas de savoir qui est Peter Kernel, mais bien qui sont-ils. Peu renommé en Europe, ce trio d’origine canadienne nous apporte ici un second album de rock sec et carré, sombre et envoûtant. Embué de mélodies low-fi, il baigne dans une nonchalance certaine, qui contribue à alléger un rythme lourd et très carré. C’est un disque au caractère hargneux, au style bien ancré dans la période New Wave dite « post punk », dont votre serviteur est friand. Peu surprenant certes… si ce n’est juste quand il le faut. Au moment pile où on commence à le trouver itératif, il se met à résonner d’airs troublants (The captain’s drunk), puis endiablés (The Peaceful), voire les deux à la fois (We’re Not Gonna Be The Same Again) qui lui ouvrent une dimension de profondeur supplémentaire, quelque part entre The XX et les Breeders. White Death Black Heart est un album cru, à la simplicité purgative et exempt de toute chafouinerie. Surtout, rappelez-vous de ne pas vous arrêter aux premières plages !

 

Tarif : 7/10

Ecoutez : Panico ! This is love