22/12/2014

Suivez le fil 2014 (3)

Oscar And The Wolf - Entity

 

oscarwolf.jpg2014 restera comme l’année où toute la bourgeoisie musicale s’est paluchée sur Christine and the Queens. Pourtant, en France, l’indé reste à l’image du vin : on peut toujours trouver mieux pour moins cher.  Oscar and The Wolf, par exemple, un groupe au nom digne d’un conte des frères Grimm, qui nous fait l’honneur de représenter notre plat pays au plus haut niveau. Un sextet néerlandophone, dont la musique possède une qualité rare et recherchée de tous : la séduction, aussi ardente qu’instantanée. Entity offre une longue séance d’électronique lancinante, paisible comme du XX et intense comme du Massive Attack période « 10000th window ». Il ne suffit que de quelques secondes pour s’engouffrer dans ce monde scotchant, qui caresse nos tympans à la limite de l’interdit. Sons et effets sont mesurés à point, si bien que cette captivante atmosphère demeure active de la première à la dernière seconde. Tout simplement un must de 2014.

Note : ♪ ♪ ♪ 

Ecoutez : Strange Entity

 

 

The War On Drugs – Lost in the dream

 

the-war-on-drugs-lost-in-the-dream.jpgComme Bruce Springsteen, The War On Drugs viennent de l’est des Etats-Unis. Comme Bruce Springsteen, leur musique se distingue par sa profondeur, et son mélange mélo-énergique. Ils n’ont ni l’aura ni la carrière du boss, mais leur dernier album ne manque pas d’intérêt. Lost In The Dream nous offre une heure de rock étiqueté « indé », diffus entre différents sous-genres tel pop, country et psyché. Une bien agréable balade vers des lieux qu’on ne se lasse pas de redécouvrir.

 

 

Note : ♪ ♪ 

Ecoutez: Red Eyes

 

 

 

Morrissey – World Peace Is None Of Your Business

 

morrissey.jpgMorrissey est l’homme qui a fondé les Smiths, un groupe à jamais influent et regretté, auquel il n’aura manqué qu’un tube d’envergure internationale pour remplir des stades dans toute l’Europe - demandez donc à Noel Gallagher ce qu’Oasis serait devenu sans Wonderwall. C’est également un artiste engagé, et un homme de principe, qui déteste porter des gants. Outre ses multiples coups de gueule politiques, il est aussi le végétarien convaincu qui parvient à faire interdire la vente de hamburgers sur le site de festivals où il se produit. Cette énergie revendicatrice, Morrissey lui doit une grande partie de son inspiration. Et qu’on partage ou non ses idées, on ne peut que constater que le résultat musical est toujours de qualité. Garnie d’un pop rock varié, théâtral et flegmatique, dont son auteur a le secret, « World Peace …», en est la plus récente représentation. Un dixième album solo qui ne permet toujours pas de se lasser du personnage, et de sa voix unique, sur laquelle le poids des années n’a véritablement aucun effet.

 

Note : ♪ ♪ 

Ecoutez : Istanbul

 

 

Weezer - Everything Will Be Alright In The End

 

weezer.jpgWeezer est davantage connu pour une poignée de titres (Undone, Buddy Holly, Island In The Sun, Pork And Beans), que pour un chapitre bien précis de sa discographie (du bleu au rouge, en passant par le vert, et tous ceux qui portaient des titres). Après avoir trempé les doigts dans quelque tourment électronique, ce neuvième album studio marque un retour vers le rock désinvolte des débuts. Le long de dix titres finement composés, les guitares sautillent sur des airs catchy et un rythme emballé, à la manière d’une jeune fille en fleur qui participe à sa première boum. Survient ensuite, pour clôturer le disque, une inattendue trilogie de chansons, que l’on peut qualifier de « psychédélique, mais pas trop. ». Sur Everything Will Be Alright In The End, Weezer produit ce qu’il fait de mieux : une musique qui symbolise le mythe de l’insouciance éternelle. On peine à le croire, mais cela fera bientôt 20 ans que ce quatuor californien roule sa bosse sur la scène alternative. On leur souhaite encore, ainsi qu’à nous, bien du plaisir.

 

Note : ♪ ♪ 

Ecoutez : Back to the Shack

 

 

 

20/11/2014

Foo Fighters - Sonic Highways

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Dave Grohl est au rock ce que le Colisée est à Rome : un monument.

 

Pour commencer, le mec a joué dans un groupe avec Kurt Cobain. Une légende connue de tous, fans de rap, ou adeptes de bals musette, ou simples non-initiés. Kurt Cobain, une référence de son époque, qui en posant la crasse sur les longs cheveux, a révolutionné la fin du 20e siècle. Kurt Cobain, dont les épaules sans doute trop frêles n’ont pas supporté le poids de cette gloire, et qui a préféré exploser en plein vol plutôt que de s’écraser. Alors oui, statut de légende et décès anticipé peuvent être liés, mais dans le monde de la musique, disparition ne rime pas toujours avec panthéon. Ou alors, on nous a menti : Filip Nikolic et Patrick Topaloff sont toujours de ce monde.

 

Ensuite, le mec aurait pu se lamenter sur son sort, vivre sur son passé de petit batteur inconnu. Mais non, il est devenu leader de son propre groupe, moins d’un an après la fin du précédent. Un groupe qui dès ses premières galettes, a trouvé la bonne recette pour se loger dans une lucarne qu’il n’a toujours pas quittée presque vingt ans et un bouc plus tard.

 

Enfin, le mec possède une personnalité hors norme, mêlant charisme naturel et spontanéité déroutante. Quand il se fâche, on ne sait trop s’il plaisante, mais dans le doute, on préfère l’écouter. S’il interrompt son concert pour sortir un spectateur violent, le seul son de sa voix suffit à convaincre le trublion de s’en aller. Ce n’est pas le genre à se cacher derrière un service d’ordre personnel, lui - messieurs les gangsters en basket Vuiton, prenez-en de la graine. Plus généralement, qu’il soit drôle ou sérieux, le moindre de ses apartés a du sens. Celui prononcé au Pukkelpop 2012, à propos de la catastrophe qui avait touché l’édition précédente, me donne encore la chair de poule lorsque j’y repense. Bref, réjouissons-nous que ce personnage, ce mythe vivant, soit encore des nôtres, et nous offre encore, une fois tous les quatre ans en moyenne, un album issu de son inspiration personnelle.

 

D’inspiration, il en est précisément question sur Sonic Highways. Des autoroutes, disent-ils, en provenance de l’époque où le rock classique était roi. La période du vinyle que l’on croquait à pleines dents, des balades où la guitare faisait office de seconde voix, des chansons de vingt minutes jouées lors de concerts de douze heures, et des morceaux à deux titres séparés par un « slash ». C’est ainsi, structurellement, que se présente ce disque tout frais, armé de ses huit plages à rallonge. Témoin de cette influence, un emprunt découpé sur « All you Need is Love », oui, l’un des 372 titres phares des Beatles, et puisque je suis d’humeur taquine, je vous laisse le chercher vous-même. Globalement, nul besoin de renifler pour sentir tout le travail déployé par Grohl et sa bande sur cette œuvre voulue alternative. Un désir dont hélas, la concrétisation me semble mitigée.

 

Tout d’abord, la « bonne recette » précédemment citée est bien modifiée, mais pas vraiment améliorée. Certains souligneront à quel point il est encore difficile de se renouveler après vingt ans, et on ne peut pas leur donner tort. Soit, le problème ici est qu’à trop vouloir s’appliquer, le Dave en a oublié de rester lui-même. Certes remarquable, la sophistication écrase la spontanéité qui colle au caractère de Grohl. Résultat, Sonic Highways sent un peu le cirage, si bien qu’il glisse dans l’oreille sans réellement l’accrocher. Un poil trop lisse, ce dernier album des Foo Fighters manque cruellement de ces moments énervés, déjantés, de ces hymnes qu’on se passe en boucle et qui, des années plus tard, n’ont pas pris plus de rides que leur auteur. Il n’est pas mauvais, mais ce n’est pas celui-là qu’on retiendra.

 

 

Foo Fighters

Sonic Highways

Note: ♪ 

 

 

Ecoutez:

Something From Nothing

 

16/11/2014

Royal Blood (éponyme)

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Royal Blood, c’est la nouvelle sensation du rock anglais. Deux gamins de Brighton qui ont mangé leurs céréales en écoutant Jack White, Soundgarden et Led Zeppelin. Deux potes au style dépotant qui se trouvent les yeux fermés, et dont les Arctic Monkeys étaient déjà fans avant qu’ils ne sortent quoi que ce soit.

 

Royal Blood, c’est du « drum and bass » au sens littéral, 100% musclé avec  0% de six cordes. Du blues-rock juteux, sans pépin, pelure ni fioriture, qui en revient à l’essentiel : l’adrénaline pure. Un style aussi condensé que leur album, une galette de 32 minutes à peine mais qui ne contient que du single. Pas d’intro interminable, ni de pause langoureuse, non, que du fuel pour sauter en l’air et agiter ses membres et ses cheveux (pour ceux qui en ont).

 

Royal Blood, c’est sans doute ce qui se fait de mieux cette année en termes d’association simplicité-efficacité. A voir s’ils pourront s’embraser sur la durée, ou si le feu s’éteindra aussi vite qu’il s’est propagé.

 

 

Royal Blood (éponyme)

Note :  ♪ 

 

 

Ecoutez :

Figure It Out

Little Monster

Out Of The Black

Come On Over

 

30/09/2014

Allah Las - Worship The Sun

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Pour un artiste, l’étape du second album est très importante. Vous le savez, à présent que je l’ai pertinemment détaillé dans la chronique précédente. Dans l’hypothèse saugrenue où vous l’auriez manquée, j’y expliquais qu’hormis la question du timing, se pose celle de l’évolution musicale. L’artiste doit se renouveler, sans aller jusqu’à effectuer un virage drastique. Ceci pour la simple raison qu’il n’y a qu’un bovin pour manger chaque jour la même herbe de la même pelouse.

 

Cette question du renouvellement, les Allah-Las ne se la sont visiblement pas encore posée. Sur cette seconde galette, les Californiens s’accrochent à leur low-fi psyché, digne d’une lointaine époque où même les chauves portaient des fleurs dans les cheveux. A croire qu’elle fut composée et enregistrée en même temps que la première, la durée combinée des deux albums pouvant effectivement tenir sur un seul et même CD. Au-delà du style, les titres sortent du même moule en termes de rythme, format et durée, tel issus d’une production à la chaîne, dispensant leur support de la moindre esquisse de surprise.

 

Il m’est dès lors difficile de trouver de nouvelles choses à dire, par rapport à la chronique publiée il y a deux ans, si ce ne sont de nouvelles blagues capillaires, que je préfère garder pour leur troisième album. De fait, ce registre leur convient tellement bien qu’ils pourraient en sortir dix à la suite. Il y a bien un moment où on finira par se lasser.

 

 

Allah Las

Worship The Sun

Note : ♪ 

 

 

Ecoutez:

Had It All

 

16/09/2014

Interpol - El Pintor

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Les années défilent, et la bande à Paul Banks reste imperturbable. En 2004 sortait « Antics », un second album qui, armé des titres EvilC’Mere et Slow Hands terminait de les asseoir dans la rangée de front du rock anglais renouvelé. Une décennie plus tard, ils s’appliquent à soigner tant et plus leur jardin au brin d’herbe près, en faisant fi de ce qui se passe de l’autre côté de la clôture.

Avec El Pintor, Interpol revient vers une source dont ils ne se sont jamais guère éloignés. Celle d’un rock froid, pur et incisif, qui allie propreté et énergie, et s’inspire de la New Wave Post Punk dont on attendait le ressac depuis vingt bonnes années avant qu’ils ne débarquent. Ce disque possède cette qualité de rentrer directement dans le vif du sujet, avec une ouverture qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de son ainé de dix ans. Ensuite, le rythme est soutenu, la basse résonne et la guitare tranche l’air, telle une impassible habitude.

S’il a de quoi désespérer ceux qui attendent une franche évolution, il possède quelques trésors des plus convaincants, de ceux dont les deux derniers albums manquaient cruellement. Alors oui, c’est du Interpol, mais plus que ça, c’est du très bon Interpol.

 

Interpol

El Pintor

Note : ♪ ♪ 

 

Ecoutez

15/09/2014

The Black Keys - Turn Blue

The Black Keys Turn Blue.jpgTrois ans après l’acclamé El Camino, le duo le plus cool de l’Ohio revient avec davantage de sobriété. Alternant pop et rock, blues et country, Turn Blue ne trahit pas son titre, proposant de paisibles balades au rythme desquelles on appréciera être dorloté. 

 

 

Cet album souffre toutefois du syndrome de semi-transparence. A savoir qu’aucun des titres ne déplaît, mais le disque passe et repasse sans que l’on n’en retienne aucun, à l’exception du single Fever, qui ne remplace toutefois pas Lonely Boy en terme d’énergie dégagée. Turn Blue est typiquement l’album qui s’écoute et se réécoute « en faisant autre chose ». Et puisqu’on le réécoute, il n’est pas si mauvais que ça.

 

 

Note: ♪ 

Ecoutez : Fever

25/07/2014

The Strypes - Snapshot

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On en a connu, des groupes de rock aussi doués qu’énergiques, capables de nous faire sautiller toute la nuit avec leur son pur et revival. Et parce qu’il est rare que les membres d’une telle formation aient moins de 45 ans, le cas des Strypes est d’autant plus exceptionnel.

Quatuor venu du fin fond de l’Irlande, les Strypes sont si jeunes qu’ils pourraient être les arrière-petits-enfants des Rolling Stones. A bas les clichés, ce sont des monstres de talent, que la prime jeunesse transforme en véritables extra-terrestres. Sorti fin 2013 en Europe, leur premier album Snapshot donne un gros coup de pied aux fesses d’un style brut qui, ces derniers temps, avait tendance à prendre la poussière.

Leur musique se résume facilement, par une évolution de la locution « déjà entendu » en « mais jamais de cette manière-là ». Elle possède cette rare qualité d’en revenir à l’essentiel, tout en restant fraiche, naturelle, et fourrée d’adrénaline. La structure chant - basse – batterie – guitare a vécu, mais ces gamins lui redonnent vie de la plus belle façon : la batterie danse, la guitare virevolte, et le rythme soutenu ne s’affaisse jamais. C’est diablement énergique, terriblement efficace, et beaucoup moins simple qu’il n’y paraît ; il faut les voir sur scène, et observer avec quelle facilité ils jonglent avec la technique, tout en restant concentrés sur le public.

C’est ce qu’on appelle plus communément « la relève ». S’ils ne se perdent pas en chemin, les Strypes sont amenés à devenir des piliers, des main-eventers, déjà capables à 17 ans de donner de vraies leçons à quelques formations confirmées qui aujourd’hui semblent blasées, ou en manque d’imagination (suivez mon doigt pointé vers Alex Turner).

 

The Strypes

Snapshot

Note : ♪ ♪ 

 

 

Ecoutez

Blue Collar Jane

Hometown Girls

What a Shame