07/05/2013

The Knife @ Ancienne Belgique

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Considérant The Knife comme un des groupes les plus influents du mouvement électro, c'est avec une certaine impatience que j'attendais de découvrir sur scène ce duo avant-gardiste. Que ressentir, au moment de quitter la salle, sinon la désagréable sensation de s'être fait berner sur la marchandise?


 
Tout d'abord, il ne fut jamais vraiment question d'une performance "live". Quelques instruments se comptaient bien sur scène, mais les protagonistes ne s'en approchaient que trop rarement. A
u lieu de ça, l'estrade comptait une douzaine d'acteurs encapuchonnés dans de longues toges, le visage peinturluré et couvert de paillettes. Nageant au creux des vagues de lumières, cette troupe dessinait des esquisses de chorégraphies rythmées par des airs provenant donc, forcément, de pistes préenregistrées. Dans le lot, on reconnaissait Karin Dreijer, madame Fever Ray, qui semblait pour sa part chanter en direct. Mais peut-on parler d'un plus, puisqu'il s'agit du strict minimum à attendre d'un concert ? A moins qu'il ne faille pas considérer cette représentation comme telle, mais plutôt comme un spectacle son et lumière. Pour sûr, les lumières étaient très belles. Mais dans ce cas, merci de prévenir la prochaine fois...

 

A partir du moment où l'interprétation n'est pas du direct, le contenu de la playlist devient secondaire. Mais critiquons-la tout de même, puisqu'elle avait le bon goût d'être essentiellement centrée sur le dernier album du groupe. Dénigrant les hymnes tant attendus que sont, entre autres, "Heartbeats" ou "We share our mother's health". On a du se contenter, en clôture, d'une version revisitée de "Silent Shout", sur laquelle toute la troupe de charlatans sautillait allègrement et sans aucune coordination. Parce que oui, même les chorégraphies faisaient amateur.

 

Alors oui, les attentes étaient très élevées. Mais quitte à sortir déçu, j'aurais au moins souhaité assister à un concert, et pas à un spectacle juste digne d'une fancy fair à gros budget, voire d'un début d'après-midi au festival Esperanzah. C'est peu dire que cette infâme mascarade aura ruiné le mythe...

 


The Knife, Ancienne Belgique

Dimanche 5 mai 2013

Note : Ǿ

01/05/2013

The Knife - Shaking the Habitual

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En musique, le mystère et le silence sont bien souvent les raisons du succès. L’exemple le plus parlant est celui d’une certaine chanteuse française des années 80, rousse, chez qui le sexe tourne à l’obsession morbide. Si cette dame d’un certain âge a su maintenir pour elle l’idolâtrie de ses fans, c’est avant tout en cessant de s’adresser aux médias, et en s’emmitouflant dans un lourd manteau de cachotterie. Sans cela, elle aussi prendrait la route de la tournée RFM 80, à l’instar de tous ses compères d’alors, qui n’ont eux pas cédé à l’attrait du marketing de la personnalité pour prolonger leur douteuse carrière. Parce qu’il faut bien reconnaître que musicalement, d’un côté comme de l’autre, ça ne vole pas très haut.

 

Cette notion du culte énigmatique, The Knife la manie tout aussi bien, que ce soit en duo comme au sein de leur carrière solo respective. Leur dernier album, l’éblouissant « Silent Shout » dont je vous ai déjà fait l’éloge, datait de 2006. Si bien que lorsque la fratrie prodige a annoncé qu’un heureux événement aurait lieu ce printemps, c’est toute une sphère d’adorateurs de musique électronique qui a donné l’impression de se réveiller après une longue léthargie.

 

Au cours de leur carrière atypique, Karin et Olof Dreijer nous avait habitués à un certain sens du mystère et de l’exubérance. Mais alors que leurs précédents opus s’arrêtaient tout de même aux confins des conventions usuelles, « Shaking the Habitual » s’aventure bien au-delà de cette limite, tel un Event Horizon partant explorer les régions vierges de toute consensualité. Exit l’académisme séant au confort de l’oreille humaine, et ce sacro-saint enchaînement couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain variant entre trois et cinq minutes pour la bonne forme.

 

C’est un euphémisme de dire que cet album porte son nom à merveille. Il propose une suite de titres absouts de toute structure, au cours desquels montées et apogées se confondent durant de très longues minutes. Et en certains endroits, il n’en est même plus question. Si les deux premières plages ; « A tooth for an eye » et « Full of Fire », respectent le format musical, la suite s’en éloigne dangereusement. Survient alors une oppressante tension, ténébreusement suave, comme la bande sonore d’une âme torturée. On retrouve cette impression tout au long des huit minutes quarante-trois du titre « A cherry on top », mais aussi plus loin, durant les dix-neuf minutes (!!!) de « Old dreams waiting to be realized » et les neuf minutes cinquante-cinq de « Fracking Fluid Injection », avant-dernière plage de l’album, aussi angoissante que son titre ne pouvait l’augurer. Entre celles-là, les sentiments se multiplient. Par exemple, « Without you my life would be boring » nous emmène dans une gigue ensorcelante, et « Wrap your arms around me » nous plonge dans une New Wave porno soft aux percussions froides.

 

Considérant la musique en tant qu’art, il faut reconnaître « Shaking the Habitual » est une œuvre créative et riche en émotions. Hélas, d’un point de vue simplement cathartique, l’ensemble se trouve hors de portée d’une quelconque addiction saine (car il faudrait vraiment avoir un problème, de drogues ou de psychisme, pour écouter cet album en boucle). Seuls les titres « Raging Lung » et « Stay out here » tentent de ramener le vaisseau égaré à bon port, précisément parce qu’ils rappellent certains extraits de « Silent Shout ». Mais cette tendance reste bien faible par rapport à la possession dont ce disque est victime. Peut-être est-ce juste une question de temps, et de patience nécessaire avant d’être capable de l’apprivoiser. En attendant, il perd un peu trop sa musique que pour devenir un must absolu.

 


The Knife

Shaking the Habitual

Note : 


02/02/2011

The Knife - Silent Shout (2006)

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La Suède, ce n'est pas qu'Abba, Roxette ou Ace of Base. A l'ombre de ceux pour qui les compliations populaires réservent toujours une bonne table, il est un duo électro détonnant, et méconnu du Hit Parade.

 

 the knife,silent shoutIl y a dix ans, Olof et Karin, frère et soeur de leur état, exercent leurs premières armes dans leur pays, grâce  à deux albums bien boudés par la critique internationale. A croire que leurs divers costumes de scène,  servant à illustrer leur univers énigmatique, ne sont pas exportables. Il faut attendre 2005 pour que l'Europe  apprenne leur existence. Tout ça parce que leur chanson phare est choisie pour illustrer une publicité vantant  la qualité d'image d'un téléviseur japonais. Et encore, non pas dans sa version originale, mais reprise en  acoustique par leur compatriote José Gonzalez. Vous vous souvenez de ces milliers de balles magiques multicolores, dévalant au ralenti une rue de San Francisco, sur des arpèges de guitare et une voix si tristes ?

 

 Admettons le côté "sympa, sans plus" de leurs deux premiers opus, trop proches de l'Eurodance coutumière, dont le succès est alors en déclin, que pour réellement être excellents. Surgit en 2006 le bijou, l'extraterrestre, l'album explosif comme on n'en fait qu'un seul dans une carrière. Il s'intitule Silent Shout, comme un paradoxe entretenant l'image extra-dimensionnelle dont le groupe s'affuble. Ce qui rend cet album si authentique, c'est la profondeur qu'ils parviennent à lui prodiguer, à partir d'une réalisation pour le moins accessible. Tout est entièrement produit à l'aide d'instruments synthétiques. Que ce soit les mélodies acérées, les rythmes saccadés, ou la voix féminine électronisée, semblable à ce que serait le timbre d'un chat humain. De cet ensemble naît une aura intense, servie par une musique ensorcelante. Fermant les yeux, on s'imagine un décor médiéval fantastique où gambadent hasardeusement les petits fantômes de Pacman.

 

Silent Shout illustre à la perfection ce que The Knife pouvait produire de mieux avec un tel concept. C'est tout simplement l'un des albums les plus saisissants du genre électronique.

 

 

The Knife

Silent Shout

2006

 

Ecoutez

 

Silent Shout

We share our mother's health

Marble House