12/11/2014

Xiu Xiu - Angel Guts : Red Classroom

 

 

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Difficile de faire plus torturé que Jamie Stewart, un artiste qui véritablement, est à la dépression ce que Patrick Sébastien est à la farandole. Avec son projet Xiu Xiu, dont les membres se succèdent presque autant qu’ils se suicident, Stewart empile les albums, dans une moyenne d’un tous les deux ans. Sur « Always », sorti en 2012, le cafard était déjà bien présent, mais il subsistait bien une vague lueur d’espoir. Une flamme bien fragile, dont la bougie est réduite en poussière sur ce nouvel album.

 

Stewart a le don de pouvoir vider la tristesse de toute trace d’espoir et de mélancolie. Ne reste plus que des larmes sèches et acides, et une envie malsaine de se jeter au fond d’un puits grouillant de sauterelles mangeuses de chair. J’exagère à peine. Sur « Angel Guts : Red Classroom », on se demande si c’est bien de la musique que Stewart tente de créer. Ou s’il a juste cherché à expier dans son coin son anxiété morbide, et que le résultat, fatras de déclamations agitées et de sonorités nerveuses,  a fini sur CD, aussi miraculeusement qu’hasardeusement. On parlera davantage de « performance artistique » réservée à un public d’initiés avertis. Pour les autres, petits curieux qui souhaitent découvrir ce groupe malgré tout fascinant : ce n’est pas par ce disque-là qu’il faut commencer.

 

Xiu Xiu

Angel Guts : Red Classroom

Note :   

 

Ecoutez:

Stupid In The Dark

06/03/2012

Zola Jesus - Conatus

zola jesus,electro,goth

 

 

Si son nom la prédestinait à devenir championne de tennis, Nika Danilova préféra se lancer dans une carrière artistique. A bon escient. Touchée par la grâce musicale dès le plus jeune âge, elle débute ses vocalises dans le registre de l'opéra. Un peu plus tard, les démons de l'adolescence enflamment son amour pour le rock. C'est à cette période qu'elle choisit son nom de scène, avec l'impression de titiller une esquisse de sacrilège lorsqu'elle mélange les noms de Jésus Christ et Emile Zola. Influencée entre autres par l'oeuvre de Ian Curtis et Lydia Lunch, elle commence par enregistrer des démos dans son flat de Madison, Wisconsin. La suite, c'est trois albums studio, autant d'EPs, et plusieurs participations dont M83 et Former Ghosts.

 

Contrairement à ces derniers, et dans une moindre mesure à leurs cousins de Xiu Xiu, le style Zola Jesus reste abordable. On retrouve bien cette atmosphère lourde, glacée et solennelle, mais l'accent dépressif est nettement moins fort. Conatus diffuse un parfum très concentré d'électro gothique, au sein duquel on devine les influences rock et classiques de la demoiselle de blanc vêtue. Pour la partie chant, Nika émeut comme Siouxie et subjugue comme Florence Welsh, ne diffusant toutefois qu'un minimum syndical de chaleur.

 

L'album peut paraître alourdi par un aspect répétitif, conséquence d'une palette de son très mince. Mais certaines chansons n'en sont pas moins affûtées pour pénétrer l'oreille et bien s'incruster en tête. Conatus a le potentiel de rassembler les fans torturés, tout en s'ouvrant à un public plus large et moins élitiste. Et rien que ça, c'est remarquable.

 

 

Zola Jesus

Conatus

Tarif: 7.5/10

 

 

Ecoutez:

Vessel

Hikikomori

Shivers

29/12/2010

Mes meilleurs concerts de 2010

 

Propice à la mélancolie, la fin d'année est la période idéale pour jeter un oeil dans le rétroviseur, et classer les souvenirs par ordre croissant sur une échelle d'appréciation. Au cours des douze derniers mois, j'ai bourlingué d'une salle de concert à l'autre, en visitant parfois plusieurs dans la même semaine. Alternant les assistances d'une centaine de braves et des publics de plusieurs milliers. Mélangeant les styles, folk, pop, rock, électro, etc. En tout et pour tout, et sans compter les festivals d'été, j'ai assisté à 53 concerts. Certains magistraux, d'autres simplement bons, et aussi hélas quelques déceptions.

De cette cinquantaine, j'en ai retenu 8, ceux qui m'ont le plus marqué. Je vous les offre en lecture, voici donc mon Top 8 des concerts de l'années 2010.

 

8. Coco Rosie @ Kulturfabrik, mercredi 19 mai


Une attente interminable, un départ précipité après deux chansons et un beat boxer qui meuble tant bien que mal durant de longues minutes. Ce début de concert chaotique, les soeurs Casady le rattrapent de belle manière, dès leur retour (inespéré) sur scène. Tout est mis en place pour plonger l'audience dans un état de rêverie complet. Une orchestration variée, alliant des instruments classiques à des objets du quotidien nonchalamment posés sur une table. Les voix des deux soeurs, l'une douce l'autre envolée, aussi différentes que complémentaires. Un décor tamisé, où les silhouettes se fondent dans les images recoupées d'une vidéo intimiste, diffusée sur un grand écran en fond de scène. Leurs robes de nuit et leur état second complétant le tableau d'un concert aux effets narcotiques, parfois apaisant, et fiévreux par moments.

 

7. The Temper Trap @ Atelier, mercredi 23 juin

Emmené par son charismatique chanteur, le quatuor australien livre une prestation gonflée d'énergie positive. Plus impressionnante encore que sur laser, la voix de Dougy Mandagi envole l'audience dans une bourrasque rock, emportée par des tubes plus accrocheurs les uns que les autres. Aucun répit n'est accordé, ni au public ni au groupe, le sympathique Dougy improvisant même une séance d'autographes après le concert, à la sortie de la salle. Du jamais vu et, espérons-le, à revoir bientôt.

 

6. Xiu Xiu @ Exit07, vendredi 19 novembre

Intense, touchant, poignant,... tels sont les qualificatifs désignant au mieux ce concert peu commun. Si l'électro pop expérimentale du duo californien suffit à plaire, le cadre intimiste et le tragique de la prestation finalisent la dramaturge. Assis derrière ses accessoires, Jamie Stewart est bouleversant dans son interprétation. Quant à sa comparse, peu expressive, elle n'en dégage pas moins un charme certain. La complémentarité agit, et le spectacle opère, rendant l'audience à fleur de peau. C'était la claque de l'année.

 


5. Two Door Cinema Club @ Botanique, mardi 23 novembre

Jeunes novices, ces Irlandais du nord ont encore le regard scintillant du début de carrière, et le visage qui s'émerveille sous les acclamations du public. Leur inexpérience ne les trahit pourtant pas, puisqu'ils maîtrisent déjà parfaitement leur art. Punchy, acéré, vivifiant, leur rock alternatif fait montre d'un talent hors pair, et d'une griffe qui ne demande qu'à se développer davantage. Ne leur manque qu'un répertoire conséquent, qui rallongerait leurs prestations d'une bonne demi-heure au moins, confirmant par la même leur statut de révélation de l'année.



4. Hot Chip @ Ancienne Belgique, dimanche 7 mars

Allègre et enjouée, la musique de Hot Chip monte en puissance une fois le quintet sur scène. La batterie résonne, guitares et synthés palpitent, transformant la soirée en véritable liesse électro rock. Micro en main, sautillant en permanence, le freluquet Alexis Taylor démontre que la moustache ne fait pas le geek. L'ambiance tourne rapidement à l'ivresse. De quoi se booster le moral pour toute la semaine.

 


3. Jónsi @ Ancienne Belgique, samedi 29 mai

Il est de ces magiciens qui transportent l'audience vers un autre monde. Quand il chante pianissimo, effleurant du bout des doigts les cordes de sa guitare acoustique, il règne au sein du public un silence religieux. Lorsqu'il explose, on se sent tournoyer dans une tempête comme s'il pleuvait réellement à l'intérieur de la salle. Le concert prend alors une dimension organique, qui va bien au-delà du simple aspect musical. L'Islandais a plus que du talent, c'est un génie.

 

2. Tom Mc Rae @ Ancienne Belgique, lundi 11 octobre

Si son style se veut mélancolique, les prestations du Britannique n'ont pourtant rien de déprimant. Tom use de son flegme, plaisante beaucoup, que ce soit avec son public ou ses musiciens. La richesse de son répertoire et la mise au point musicale peaufinent le travail émotionnel, et donnent à l'instant une contenance affective très intense. C'est un de ces concerts qui nous font vivre l'essentiel, et dont on ressort humainement plus riche.

 

1. Depeche Mode @ Paris Bercy, mercredi 20 janvier

Trente ans après leur premier album, les vieux ados de Basildon en ont encore dans le ventre. Dave Gahan est un infatigable show man, Martin Gore est époustouflant au chant, Anfrew Fletcher est ... Andrew Fletcher. Musiciens virtuoses, Christian Eigner et Peter Gordeno complètent à merveille le trio de base. Le spectacle est étincelant, et l'orchestration parfaitement rodée. Musicalement, la play list s'équilibre entre le neuf, le mythique et certains titres oubliés. Les fans frissonnent de plaisir, et même les sceptiques se laissent convaincre par cette prestation qui mérite la grande distinction. De Grands monsieurs !

 

 

30/11/2010

Suivez le fil

 

N'ayant pas trouvé à cet article une digne introduction, sujette à vous laisser pantois, voici donc tout simplement quelques lignes à propos des derniers albums passés par mon lecteur mp3.

 

Tame Impala - Inner Speaker


tame impala.jpgDes vagues de guitares, un incessant effet planant, quelques sons qui crachent, et l'écho d'une voix au timbre proche de John Lennon. Avec ces ingrédients et d'autres, le groupe australien Tame Impala nous plonge en plein coeur du rock psyché. Plus qu'intemporel, Inner Speaker nous fait également perdre la notion du temps. Chaque chanson est dressée comme si elle durait 20 minutes, et l'album pourrait en soi passer pour une seule grosse chanson alternant les nuances. Quoi qu'il en soit, cette ambiance colorée ne tarit pas de la première à la dernière seconde. Faites toutefois attention à ne pas vous noyer dans ce côté répétitif, bien accentué par la boucle qui termine la dernière plage "I don't really mind".

Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Solitude is bliss

 

 

Maximilian Hecker - I Am Nothing But Emotion, No Human Being, No Son, Never Again Son


max hecker.jpg2010 est l'année où ce songwriter allemand et pianiste de talent s'est offert un nouveau look, et de nouvelles inspirations. Sur cet album tout frais, c'est un Max retrouvé qui nous ouvre l'antre de son cortex. Si la mélancolie est toujours au rendez-vous, ses captivantes mélodies d'antan font place à des compositions plus profondes. L'émotion est intense, mais hélas trop évasive. De fait, cette projection intérieure a quelque chose de gênant, et surtout de trop personnel. Pris avec le recul nécessaire, et d'un point de vue purement musical, cet album paraît monotone, et répétitif. Seul un fan contemplatif pourra réellement en saisir l'essence.

Tarif : 6/10

Ecoutez : Nana

 

 

Xiu Xiu - Dear God, I Hate Myself

 

xiu xiu dear god i hate myself.jpgCe titre relate à lui seul tout le ressenti que provoque cet album. Composées à partir de réelles percussions et de sons électroniques disparates, les chansons du Californien Jamie Stewart sont cruellement poignantes. Tremblante et à vif, sa voix se fond parfaitement dans cette osmose mélancolique. En résulte un album très touchant, dont la musicalité expérimentale fait part d'une style unique, vierge de toute influence. "Dear God, I Hate Myself" est la preuve que la musique studio contemporaine peut exprimer un réel sentiment artistique. A découvrir pour les mélomanes explorateurs, et autres amateurs d'émotions intenses.

 

Tarif : 7.5/10

Ecoutez : Chocolate makes you happy

 

 

John Grant - Queen of Denmark

 

johngrant.jpgSur scène, où il gère actuellement les premières parties de Midlake, John Grant est époustouflant. Son album séduit également, mais dans une moindre mesure. Ses chansons sont belles, douces et inspirées, mais elles ont aussi un arrière goût de seventies trop prononcé. D'un avis personnel, il manque à cet album un soupçon de fraîcheur, et à certains titres une dose d'émotion que la voix de Grant, trop canalisée, ne parvient pas à soutenir. Il plaira cependant beaucoup aux nostalgiques de John Miles et de Supertramp, pour ne citer que ceux-là.

 

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : I Wanna go to Marz

 

 

Bombay Bicycle Club - Flaws

 

bombay-bicycle-club-flaws.jpeg Entièrement construit autour d'une guitare acoustique, Flaws est un album très intimiste. La voix du chanteur Jack Steadman, douce et tremblante, y ajoute une pointe d'émotion. L'ensemble est toutefois un tantinet monotone, et manque légèrement de vie. Le côté relaxant, inhérent à ce style romantique, est enfoui sous une certaine tension qui masque l'arôme désiré et attendu. l'ensemble n'en reste pas moins plaisant, sans toutefois être exceptionnel.

 

 

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : Flaws

 

 


Curry & Coco - We Are Beauty

 

curry coco.jpgDirectement inspiré par la synthpop des années 80, cet assortiment de mélodies électroniques simplistes peut de prime abord ressembler à une blague du genre "Pop! Goes my heart" - je vous laisse ici à vos références cinématographiques. Il s'agit avant tout d'un album très fun, d'un duo se donnant l'allure musicale d'un Boys Band asexué. Deux ados qui s'éclatent sans prétention sur un dancefloor de cartoons japonais. Toutefois, de par sa simplicité, la fraîcheur du concept s'essoufle au bout de quelques titres, malgré le coup de fouet apporté par les premières plages.

 

Tarif : 5.5/10

Ecoutez : Sex is fashion